jeudi 25 décembre 2014

Avant toi, Jojo Moyes

Lou est une fille ordinaire qui mène une vie monotone à souhait. Quand elle se retrouve au chômage, dans ce trou paumé de l'Angleterre dont elle n'est jamais sortie, Lou accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l'accueil glacial qu'il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais depuis l'accident qui l'a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n'a que quelques mois pour le faire changer d'avis.

Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »



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(Village du Père Noël, Laponie. 25.12.2014)

– Elle est pourrie ta théorie, complètement pourrie, grommelle Melliane, emmitouflée dans son manteau. Son nez est rougi par le froid et une mèche de ses cheveux, qui s'est échappée de son bonnet, a gelé.

Je m'abstiens de tout commentaire et lui adresse un grand sourire. Ma théorie est très bonne, elle est même super bonne. Je suis très fière de moi. C'est plus qu'une théorie, c'est une révélation.

– Penser que le Père Noël est lui aussi dans le complot contre les livres. N'importe quoi... Le Père Noël, c'est l'ami des enfants, des adultes.... De tout le monde quoi. Même des livres... Surtout des livres... ajoute-t-elle.

J'enlève à la hâte une de mes moufles. Le froid me mord la peau mais je n'en ai cure. Je fourre la main dans une des poches de mon parka.

– Tiens, lis, lui dis-je en lui tendant la réponse du Père Noël.

Elle décline d'un signe de tête.

– Déjà lue. Mais quand même. Le Père Noël, la liste-noire-des-livres-interdits... Tu te rends compte ?

Je sais, je sais...

Je continue à avancer tant bien que mal. Il y a beaucoup de neige. Le panneau qui indique Village du Père Noël clignote frénétiquement, nous approchons du but. A travers les flocons, je distingue le mur d'enceinte. Une vraie muraille, plus haute que la muraille de Chine. Melliane m'a suggéré de passer par l'entrée touristique et de nous mêler à la foule venue visiter l'atelier du Père Noël, mais j'ai refusé. A vrai dire, je ne sais plus vraiment pourquoi. Une vague histoire d'effet de surprise, il me semble. On aurait peut-être mieux fait de passer par l'entrée principale, surtout que je n'ai pas pris de raquettes. Melliane, elle, y a pensé et progresse avec une facilité déconcertante. C'est une fille du sud, et moi du nord pourtant. Je lève haut les genoux et pose délicatement le pied. Raté, je m'enfonce presque jusqu'à la taille.

– Et m....
– On ne jure pas, c'est Noël, me réprimande Melliane en se retournant. 

Un petit sourire contrit se dessine sur mon visage. Je lève une nouvelle fois haut les genoux, et une nouvelle fois je m'enfonce jusqu'à la taille. Je suis tentée de tester l'avancée dite de "la brasse", qui consisterait en gros à nager dans la neige. Je ne suis pas vraiment convaincue de son efficacité, et je risquerais de tremper mon bel anorak fushia. Je suis soudain d'accord. Ma théorie est pourrie, complètement pourrie. Je dois me tromper. Le Père Noël ne peut pas être l'un des sbires des Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre. Il faudrait que je relise la réponse du Père Noël,  j'ai dû mal comprendre. Mais mes doigts sont gelés, et j'ai peur que si je retire encore mes moufles, je ne sois pas capable de les remettre. Ou pire, qu'un de mes doigts ne tombe. De toute façon, je l'ai lue tant de fois que je la connais par cœur.

« Cher Livre-vie,

J'accuse réception de votre lettre, et ne peux que vous féliciter pour tous vos efforts, même si j'émets quelques réserves pour certains d'entre eux. Je n'en tiendrai pas compte, là n'est pas l'objet de cette lettre. Non, ce qui m'inquiète, c'est ce que m'ont rapporté mes elfes. 

Vous avez de nouveau cédé à la tentation, avec un roman du nom de Avant Toi de Jojo Moyes. Vous avez pensé que « c'est indéniablement l'un des livres qui vous a le plus émue », et que « l'auteur a parfaitement su rendre la complexité du handicap et des sentiments humains ». Tout ceci est acceptable, nous ne pouvons qu'encourager les auteurs à parler des différences dans un souffle de tolérance. Par contre, dire « que vous en avez été tellement transportée que vous avez pleuré toutes les larmes de votre corps », et que "rarement vous avez lu plus belle histoire », c'est une autre affaire. Tout comme cet « amour qui abolit les différence et nous entraîne dans sa spirale de sentiments magnifiques parfaitement rendus par une écriture tout aussi vivante que l'histoire ». 

Oui, nous sommes inquiets. Encore plus que cela lorsque nous entendons que, selon vous, « tout le monde devrait lire ce roman, parce que c'est bien plus qu'une histoire d'amour. C'est une histoire universelle, qui apprend à voir au-delà des différences, des apparences. » 

Vous avez fauté, encore et encore, tant et si bien que nous avons dû faire une réunion de crise avec les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-terre-et-de-la-mer. La Mère Noël a même été invitée, c'est vous dire...

Nous avons décidé que vous ne pouvez pas attendre la prochaine réunion des Livres Addicts Anonymes, il sera trop tard pour vous. 

Pour le salut de votre âme, nous vous demandons instamment de déposer ledit ouvrage sur la table de votre salon le 25.12 à 00h. Je le récupérerai et le déposerai dans un endroit où il ne pourra nuire à personne. Merci également de l'accompagner d'une bouteille de rhum pour m'aider à me réchauffer pendant ma longue nuit de travail.

Bien à vous
Le Père Noël

PS : Nous commençons à surveiller cette Melliane de très près, elle vient de publier une liste de ses livres préférés de 2014, et il y en a beaucoup. Sans parler du carton de livres qu'elle vous a envoyé. Vous devriez soigner vos fréquentations»

Ouais, sacrée réponse. Ma théorie n'est pas si fumeuse que cela. Hors de question évidemment de laisser Avant toi sur la table de mon salon. Non, non, je l'ai mis bien à l'abri. C'est une pépite,  un petit bijou d'émotions. Une leçon de vie qui m'a tenue éveillée jusqu'à une heure indue. Non, je ne l'ai pas abandonné sur la table de mon salon. 

J'avance courageusement en essayant de faire abstraction de la neige qui vient de se glisser dans mon pantalon. Melliane se trouve maintenant une bonne dizaine de mètres devant moi. Finalement, prendre les sentiers détournés est une bonne chose. Nous allons pouvoir pénétrer en douce dans l'antre du Père Noël, et libérer ainsi des milliers de livres interdits. Tant de trésors voués à disparaître. Oui, nous sommes des héroïnes, mais il fait froid, quand même. La neige me brûle la peau. J'aurais dû prendre une luge. Melliane m'aurait tractée avec ses raquettes. Elle a l'air à l'aise, comme si elle avait fait cela toute sa vie.
Melliane se racle soudain la gorge, et sans m'en rendre compte, je la percute. Elle tombe en avant, la tête dans la neige. Je m'attends à recevoir son ire de plein fouet, et rentre la tête dans les épaules pour amortir le choc, mais rien. Elle scrute un point là-bas, au fond, et fronce les sourcils d'un air préoccupé.

– Euh, tu savais, toi, que les rennes ont les dents pointues ?
– N'importe quoi... Ce sont les vampires qui ont les dents pointues, pas les rennes. Je t'avais dit de ne pas boire trop de lait de poule!

Elle tend le bras devant elle, et je le suis du regard. Une rangée de rennes se tient à quelques mètres devant nous. Ils nous sourient. Leurs dents sont effectivement très, très pointues...

Joyeux Noël à tous! 

mardi 23 décembre 2014

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle

« Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la Renault GTS, j'ai fait la gueule. Mais j'ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l'odeur de sa première clope. J'ai dit « ouais », j'ai dit « super », la mort dans l'âme, même si j'avais compris que la GTS pour la GTX, c'était déjà le cinquième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le Père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. »

La mémoire est une petite chose étrange et fragile. Un fil ténu qui vous lie à votre histoire. Le temps est son pire ennemi, mais aussi, parfois, son meilleur allié. Un petit rien, un bruit, une odeur, une couleur, un geste, un mot, peut ouvrir le tiroir dans lequel nous pensions avoir remisés nos souvenirs. Ce tiroir dont la clé avait disparu. Un sourire, un parfum, un texte peut libérer autant d'instantanés que nous croyions oubliés à jamais.

Bouleversante, émouvante... et même terrifiante mémoire.

Nicolas Delesalle suit le vol de sa mémoire, et nous offre ces clichés de vie qu'une autoroute ou un vieux saule vont réveiller. Un voyage scolaire, un premier baiser, un chien auquel on dit au-revoir... Une véritable plongée dans son histoire, portée par une langue simple et efficace.
Une véritable plongée dans mon histoire, portée par ma mémoire alanguie qui s'étire lentement, et s'envole enfin.

L'orgueil de mon père devant l'arrivée de la R25 nouvellement acquise. D'occasion, bien sûr. Maman ne voulait pas de voitures neuves, même si c'était une voiture française. Mon père rêvait de voitures allemandes, mais jamais il ne céda à cette tentation. « C'est ta mère tu comprends, elle va rouspéter ». Et le vendeur au physique flou de me dire le jour où la R25 se gara dans la cour, « Dans celle-ci tu ne seras pas malade ». Ma confiance d'enfant en ces mots. Je bus littéralement ses paroles. Finis les maux de cœur, j'allais enfin pouvoir compter le nombre de voitures rouges qui nous croiseraient. La R18, bourreau de mes trajets était derrière nous, bienvenue à cette R25 qui faisait la fierté de mon père. Bleu marine, comme la voiture du président. Non, je n'ai plus jamais été malade en voiture. Merci belle R25 de m'avoir libérée. Et merci Papa d'avoir arrêté de fumer pendant les trajets.

La mort d'Uno, petit spitz de 7 ans, dans mes bras. J'avais le même âge, nous avions grandi ensemble. Maman me racontait que bébé, il rongeait le filet de mon parc pour venir me rejoindre et me dérober mes jouets. Mon premier contact avec la Faucheuse. Ma mère qui se précipite pour me décharger de ce petit corps. Ainsi va la vie. L'inquiétude sur son visage. "Mais pourquoi maman ?" C'est la vie... Quelques jours après, la porte de ma chambre s'est ouverte, la même que j'occupais juste en face de celle de mes parents. Ma mère a soulevé doucement le drap de mon lit pour y déposer cette petite plume si douce. "Aisane". Caniche Abricot. Toy, s'il vous plait. Maman y tenait. Aisane pleura, pleura, et pleura à n'en plus finir,pendant cette première nuit. Je la libérai de son calvaire en l'envoyant dormir avec mes parents. J'avais sonné le glas de notre relation, elle ne quitta plus ma mère.

Mon frère et nos cousins. Les rares parties de cache-cache. L'idée géniale de mon frère: m'enfermer dans un sac de sport. Pas si géniale que ça. Je suis claustrophobe, mais c'était mon grand frère, celui que j'adorais. Celui qui me fit pleurer de joie en venant me chercher, pour une journée, à la station de ski qui abritait ma classe pour un voyage scolaire. Je lui cachais mes larmes dans la voiture pendant le trajet en faisait mine de dormir. Il n'a jamais su le bonheur que j'avais ressenti. Je l’idolâtrais. Il est venu me chercher, lui, mon grand-frère qui vivait en Haute Savoie. Mes amis étaient tellement envieux. Mon frère que j'aime toujours autant malgré la distance.
Oui, pas une super idée que ce sac quand on est claustrophobe. Cette même claustrophobie qui se réveilla pendant un autre séjour à la montagne, avec mes parents cette fois. Ma joie de dormir sur le lit superposé du haut. Et mon incapacité à respirer. L'envie de repousser le plafond. Le besoin de pousser ce fichu plafond. Mes mains contre ce blanc jaunâtre. Sa résistance. Victoire par KO. A partir de ce moment là, je fis le deuil des espace restreints.

La mémoire est décidément une petite chose bien étrange, et tous les récits de Nicolas Delesalle, sa plume simple, mais travaillée ont conversé avec la mienne. Moi aussi, j'ai cherché des cèpes, avec mon père. Ainsi que des girolles. Je continue de le faire, seule la plupart du temps. Mon père n'est plus là, mais il m'accompagne encore. Le sol est plus humide, là, c'est un sol à champignons. Il y a des fougères, allons-y, les girolles aiment les fougères. Oh, des marronniers et des chênes. Ouvre bien les yeux, ce cèpe a forcément son petit frère pas loin.

Mon père, cet homme avare de mots. Je voulais tellement l'impressionner. J'aimais ma mère. Oh oui, j'aimais ma mère. Mais mon père, c'était différent. Je voulais qu'il soit fier de moi. Une maman ça l'est forcément. Et mon père avait tellement l'air sévère. Il devait être fier de moi. Et il l'a été. Ses larmes lors des résultats du bac. Mais aussi sa colère parce que je ne le fêtais pas avec eux. Mon père, cet homme de peu de mots. Si entier et si généreux. Ce fils de Boche marqué par l'Histoire. Cet homme fort, aussi fragile qu'un enfant.

Et ce défi que je lui lançais. Je devais avoir huit ans. Il me semblait si vieux. Quand on a moins de huit ans, tous ceux qui ont plus de trente ans semblent décatis. "Je cours plus vite que toi". J'ai couru, vite, très vite dans ce chemin de terre. J'ai couru à en perdre haleine. J'ai couru à m'en arracher le cœur. Mais j'ai perdu. Ce jour-là, mon regard changea. Mon père n'était pas si vieux finalement. Mon regard changea, mais je ne lui dis rien. Nous avions le même orgueil. 
Ce dernier regard échangé avec lui, plus de vingt ans après. J'ai peur papa, je t'aime tellement. Je t'aime aussi ma fille. J'ai peur aussi... Mais nous n'avons rien dit. Ce dernier regard échangé, je savais que ça allait être le dernier. Il est gravé en moi.

Oui, le récit de Nicolas Delesalle m'a transportée. La justesse de ses mots, de ses émotions ont trouvé un écho en moi. Je suis nostalgique ce soir. La dernière page est tournée. Le tiroir est ouvert. Les souvenirs ont jailli.

Vous me manquez tellement.


Merci M. Delesalle pour ce beau cadeau... Merci infiniment à Pierre Krause et à la Masse Critique Babelio qui m'ont permis de faire une belle rencontre. Une de mes plus belles lectures de l'année.

lundi 22 décembre 2014

Allumer le chat, Barbara Constantine

Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat ! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille !

« Allumer le chat, allumeeeer le chaaattt, et faire danser, les diables et les dieux.... Allumer le chat, allumeeeer le chaaattt »

Comment ça je me suis trompée dans les paroles ? Mais non, je vous assure que c'est ce que dit la chanson de Johnny. Comment ? Ça ne serait pas « Allumer le feu » ? Mais non, pas du tout. Moi je vous dit que c'est « Allumer le chat », Raymond ne chantera jamais « Allumer le feu », pas logique du tout. C'est Bastos, le chat, qu'il veut allumer (comprendre qu'il veut lui tirer une fournée de plombs dans le derrière, ben oui, le pauvre, il a l'impression que le chat se moque de lui), pas la cheminée. Et je vais même vous confier une petite chose de ma vie privée, le chien adore quand je chante ma version de la chanson de Johnny (sans parler de mon déhanché si gracieux), ça veut bien dire qu'elle est meilleure que l'originale, je crois.... Il a bon goût mon chien.

Bon, voilà, je commence cette chronique en débloquant. Mais ce n'est pas ma faute, il faut voir ça avec l'auteur, parce que son roman, il débloque un peu quand même. Pour ne pas dire qu'il est complètement déjanté.

Je n'avais rien lu de Barbara Constantine, et il faut une première fois à tout. Une première rencontre qui, sans être un livre de la litse-noire-des-livres-interdits m'a fait passer un très agréable moment. J'ai été déstabilisée au début par ce découpage en scènettes qui s'attarde sur des moments de vie de personnages diamétralement opposés, en me demandant s'ils allaient avoir un point de convergence. Oui, c'est bien mené, ces pièces de puzzle  finissent par s'imbriquer parfaitement. Le ton est léger, l'écriture vive, bien que parfois un peu trop répétitive, l'humour bien présent. Les sujets graves sont traités avec une légèreté qui n'est qu'apparente et l'ensemble porte un regard assez critique sur le monde qui nous entoure.
Je ne savais pas à quoi m'attendre et l'essai est transformé!

Allez, un petit dernier pour la route :


« Allumer le chat, allumeeeer le chaaattt, et voir grandir la flamme dans vos yeux »

samedi 20 décembre 2014

Les Suprêmes, Edward Kelsey Moore

Elles se sont rencontrées à la fin des années 1960 et ne se sont plus quittées depuis : tout le monde les appelle "les Suprêmes", en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies. Complices dans le bonheur comme dans l'adversité, ces trois irrésistibles quinquas afro-américaines aussi puissantes que fragiles ont, depuis leur adolescence, fait de l'un des restaurants de leur petite ville de l'Indiana longtemps marquée par la ségrégation leur quartier général où, tous les dimanches, entre commérages et confidences, rire et larmes, elles se gavent de nourritures diététiquement incorrectes tout en élaborant leurs stratégies de survie. D'épreuves en épreuves, l'indissoluble trio a subsisté contre vents et marées dans une Amérique successivement modelée par les ravages de la ségrégation raciale, l'insouciance des années hippies, ou encore la difficile mise en route de "l'ascenseur social"...

Ces derniers temps, j'ai un peu l'impression d'être comme le lapin d'Alice au Pays des merveilles. Montre au poignet, je cours, je cours, je cours... Comme tous les ans, c'est une période de boulot intense, à laquelle s'ajoute des petites choses qui ne sont pas vraiment du travail, mais sont chronophages. Mais c'est pour la bonne cause comme on dit.

Dans tout cela, mon blog a été un peu délaissé. Mais pas mes lectures ! Je ne les chroniquerai pas toutes, vous l'avez compris, « pas le temps » et patati et patata...

Mais Les Suprêmes, elles, elles valent le coup qu'on s'y attarde un peu... Oh oui, parce que des Suprêmes, on aimerait tous en avoir dans notre vie. 

Il y a d'abord Odette et ses kilos en trop dont elle se fiche comme de l'an 40. Son franc-parler, sa bonne humeur en font un personnage attachant, tout comme les fantômes qu'elle fréquente, parce Odette fréquente des fantôme. Ben quoi ? Vous avez sans doute un chat, un chien, non ? Odette, elle, a ses fantômes. Et son cancer. Et sa marijuana pour le soigner. Odette m'a arrachée quelques larmes, je dois l'avouer, parce que je l'ai aimée très fort. Odette, c'est l'amie qu'on aimerait tous avoir, celle qui fait tomber sa tenue de sortie du samedi soir pour mettre une raclée à un beau-père agressif. C'est ce que vous confiera Barbara Jean... Odette, elle n'a peur de rien. Elle est née dans un sycomore, vous comprenez...

Barbara Jean, c'est la belle fille au passé difficile, avec une mère aux mœurs légères. Celle que l'on désire, mais que l'on aime pas. Celle qui bouleverse les préjugés en tombant amoureuse du plus craquant des petits blancs, mais qui épousera finalement un noir. Il ne pouvait en être autrement. Barbaba Jean, c'est la beauté qui fait se retourner sur son passage, mais c'est aussi une grande beauté intérieure...

Et puis il y a Clarice, qui a le don au bout des doigts. La virtuose, qui croise la route du champion de foot. Et qui l'épouse, laissant tomber sa carrière pour lui. Classique me direz-vous... Et si je vous dis qu'il multiplie les conquêtes ? Encore plus classique, répèterez-vous. Oui, c'est vrai... Mais Edward Kelsey Morre a lui aussi le don au bout des doigts. Celui de faire des histoires classiques une histoire extraordinaire. Et Clarice l'est, elle aussi, extraordinaire.


C'est l'histoire de trois vies, d'une amitié indestructible... Alternant passé et présent sur la toile d'une Amérique en construction, Edward m'a offert un très beau moment de lecture. Plein d'émotions, de sourires. Ces suprêmes, je les ai aimées...

jeudi 18 décembre 2014

Saga Lux, tomes 2, 3, 4, Jennifer L. Armentrout







(Traduction personnelle du résumé)
Depuis que Daemon m'a soignée avec ses pouvoirs d'alien, nous sommes connectés. Il est décidé à me prouver que ses sentiments pour moi ne sont pas dus à notre étrange union extraterrestre.
L'idée de ne pas m'approcher de lui me semble être la meilleure option, mais il est difficile de résister à son charme.
Mais nous avons des problèmes plus graves. Quelque chose de pire que les Arum est arrivé dans notre ville. Le Département de la Défense est là. S'ils découvrent que Daemon a des pouvoirs et que nous sommes connectés, nous sommes morts.
De plus, il y a un nouveau au lycée. Et j'ai l'impression qu'il cache quelque chose.

Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

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Cher Père Noël,

Je te promets que j'ai été très, très sage. J'ai travaillé consciencieusement et j'ai même rangé mon bureau.

(Raclement de gorge derrière moi, Doux Chéri me regarde d'un air perplexe. Mais oui, je vous promets, j'ai rangé mon bureau, on peut maintenant faire deux pas sans faire tomber une pile de cartons.)

J'ai été très raisonnable en ce qui concerne l'achat de livres. Je n'ai pas cédé à mes pulsions livresques, j'ai résisté, et j'ai même évité la tentation en me noyant dans le travail pour ne pas aller regarder les blogs des copines. C'est de l'héroïsme ça, tu sais... Mes copines, ce sont de vraies tentatrices...

(Nouveau raclement de gorge. Doux Chéri contemple le sac qui git sous la table du salon. Il est très large... Et replet... Et porte une inscription douteuse qui commence par "L" et finit par "E" et contient neuf lettres. Mais ce n'est pas pareil, son contenu est pour mes copines... Pour moi, il n'y a que deux ou trois livres, pas plus. Une bagatelle en somme qui ne vaut même pas la peine d'être mentionnée.)

J'ai fait la cuisine pour Doux Chéri...

(La gorgée de café que vient de prendre Doux Chéri passe mal. Il arque un sourcil interrogateur qui veut dire « Ah bon ? ». Alors, je me sens obligée de préciser et reprends avec application ma lettre.)

J'ai fait la cuisine pour Doux Chéri, même s'il est vrai qu'il y a eu relâche ces trois dernières semaines, mais j'ai une bonne excuse, j'ai été débordée par le boulot. Mais je me suis quand même occupée des litières des chats. Cinq maine coon, ça donne du travail.

Je suis allée aux réunions des Livres-addicts Anonymes et j'ai écouté religieusement la Cerbère-Rousse, la gentille animatrice et lui ai même livré quelques romans.

(que nous avons récupérés au péril de notre vie ensuite, mon postérieur tarde à cicatriser, l'humidité je pense...)

Comme j'ai vraiment été parfaite (je jette un coup d'oeil noir à Doux Chéri qui a failli tapisser l'écran de son ordinateur avec le café qu'il vient de recracher), je me suis dit que tu pourrais faire un petit quelque chose pour moi. Enfin plutôt deux toutes petites choses. Parce que tu vois, cette saga de Jennifer L. Armentrout est vraiment bien. J'ai avalé les tomes 2, 3 et 4 en quelques jours seulement... Et j'ai adoré... J'avais lu des critiques sur la baisse de rythme de la saga. Je ne suis pas d'accord. Le rythme est soutenu, haletant parfois... Les personnages sont vraiment sympas, et l'histoire bien menée. Je me demandais donc si tu ne pouvais pas faire quelque chose pour que je n'aie pas à me faufiler dans le pré où il y a le taureau (mon séant t'en saurait gré) pour les enterrer au pied du marronnier, avec les autres livres qui risqueraient d'apparaître sur la liste-noire-des-livres-interdits. Ou encore mieux, convaincre les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-terre-et-de-la-mer que ces livres ne sont pas nocifs. 
La saga Lux, dangereuse ? Je proteste, pas du tout. Je n'ai pas oublié de manger, de prendre un bain ou d'aller au petit coin pendant le temps de ma lecture, c'est bien le signe qu'elle est aussi inoffensive qu'un chaton.

(Ok, j'emmenais le livre avec moi au petit coin... et je petit déjeunais avec... et il a appris à nager dans l'eau de mon bain...)

Et je me suis même couchée à une heure décente...

(D'accord, j'ai éteint ma lampe de chevet vers 2h du matin pendant plusieurs jours... Mais ça aurait pu être pire...)

 Ça, c'était pour la première chose. La deuxième serait de me mettre au pied du sapin (que je vais de ce pas m'empresser de sortir de son carton et de décorer !) le volume 5, le tout dernier, traduit en espagnol ou en français, je ne suis pas difficile. Je ne lis toujours pas l'anglais, c'est ma copine Melliane qui a cette compétence, moi je lis l'espagnol et le français... Et ça tombait bien, les 4 premiers tomes étaient traduits en espagnol. Mais pas le 5. Et tu vois, c'est un peu une question de vie ou de mort là, parce que la fin du 4 est terrible. Alors, si tu pouvais faire un petit quelque chose pour moi, je t'en serais vraiment reconnaissante. Je me dis qu'entre deux livraisons, ça devrait être possible. 
Promis, je penserai à te laisser un verre de vin et à déboucher le conduit de cheminée. J'ai cru comprendre que ces dernières années t'avaient bien profité, et que tu avais désormais beaucoup de mal à te glisser dans les tuyaux de chauffage. Je comprends, le poids des années....

Bien à toi,

Le livre-vie

mercredi 26 novembre 2014

Ne lâche pas ma main, Michel Bussi



Un couple de touristes amoureux dans les eaux turquoise de la Réunion. Farniente, palmiers, soleil… Un cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. La femme disparaît dans l’enceinte même de l’hôtel. Introuvable. Son mari, Martial Bellion, de témoin devient le suspect n°1. D’autant qu’il prend la fuite avec leur fille âgée de six ans. Quadrillages, barrages, patrouilles volantes. Une véritable chasse à l’homme s’engage, ponctuée de cadavres, dans un décor fabuleux et au cœur de la population la plus métissée de la planète. 

Dans la grisaille de saison, un peu de soleil est toujours le bienvenu. J’avais adoré ma lecture de Nymphéas noirs, et en bonne acheteuse compulsive que j’étais (vous noterez l’usage de l’imparfait, oui, oui, je me soigne ! Je n’ai presque pas craqué ces derniers temps, deux petites commandes de rien du tout… Juste sept ou huit livres, et tous en espagnol… ça ne compte pas alors…Je suis sûre que vous êtes d’accord avec moi...), je m’étais jetée sur le site de ma libraire de livres d’occasion préférée pour voir ce qu’ils avaient en stock. Vous connaissez la suite, hop on clique et on repart avec tous les romans de l’auteur. Je sens que vous vous reconnaissez…

Bon, je m’égare, je m’égare… Revenons à nos moutons, ou plutôt retournons à la Réunion, le décor de ce roman de M. Bussi. Il n’y a pas à dire, l’auteur a un véritable don pour reproduire les ambiances. Je m’étais déjà fait cette réflexion pour Nymphéas Noirs, mais là, cela prend vraiment tout son sens. Tout y est, le patois, les variétés ethniques, les insectes (beurk…), le climat… Une véritable immersion dans les îles bien loin de l’image dorée qu’on veut nous transmettre. La Réunion, ses plages, ses bars à touristes, ses hôtels... Mais c’est aussi la violence, les inégalités, le racisme.

Les personnages, particulièrement bigarrés de ce roman (mention spéciale à 
Aja et Christos ainsi qu’à Imelda) sont fidèles à ce portrait de l’île. Personne n'est lisse, personne n'est ce qu'il semble être.

L’intrigue policière m’a moins fascinée que Nymphéas Noirs, mais il est vrai que ce n’est pas très juste que de comparer les deux. Cette chasse à l’homme n’a rien à voir avec la construction des Nymphéas, ne serait-ce parce que le scénario ne s’y prête pas. Mais M. Bussi est quand même diabolique, les apparences sont toujours trompeuses chez lui, et pas seulement en ce qui concerne les personnages. Alors, oui, mon cœur n’a pas frémi comme pour les Nymphéas, mais j’ai pris un réel plaisir pour cette lecture. M. Bussi se classe parmi les auteurs français que je préfère, sa plume est vive et travaillée, sa trame surprenante…

Maintenant j’ai d’ailleurs un problème, je n’ai plus qu’un seul de ses livres dans ma PAL… Je vais devoir craquer, encore… Mais ce n’est pas ma faute, c’est l’auteur le responsable !

samedi 15 novembre 2014

Lux - 1 : Obsidienne, Jennifer L. Armentrout

Quand Katy déménage dans un coin paumé de Virginie-Occidentale, elle s'attend à tout sauf à rencontrer des voisins de son âge. Déception, Daemon Black a beau être canon et avoir une soeur jumelle adorable, il n'en est pas moins insupportable et arrogant ! Lorsque Kat se rend compte que tout le monde semble fuir la famille Black, elle voit d'un autre oeil la froide suffisance de Daemon. Pourra-t-elle encore l'éviter quand tout lui crie de s'en approcher ?


Avertissement: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

Pour mémo: Episode 1, Episode 2, Episode 3, Episode4, Episode 5, Episode 6Episode 7Episode 8
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-Tu as rompu tes vœux de non-achats livresques ! s'écrie le Chat du Cheshire.
-Chuuutttt, baisse d'un ton, lui chuchoté-je en rentrant la tête dans mes épaules et en scrutant attentivement autour de nous.

Melliane jette un coup d'oeil derrière son épaule. Je la sens nerveuse depuis que nous sommes arrivées. Nous le sommes toutes.

-Mais quand même, murmure le Chat en se penchant en avant. Tu as rompu tes vœux !

Melliane la bâillonne en lui plaquant une main sur la bouche.

-Tais-toi, tu vas nous faire remarquer ! Les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre ont des yeux partout.
-Mais elle a rompu ses vœux, et trois fois... Trois fois, piaille le Chat en secouant la main.
-Eh oh, je ne travaille pas dans une librairie moi...

Le Chat ne m'écoute pas. Après avoir sorti un mouchoir en papier de son sac, elle a essuyé consciencieusement la table, appuyé ses coudes sur le bord et posé son menton sur ses mains, un petit sourire au coin.

-Alors, c'était bien ?

Melliane l'imite et souffle sur une mèche de cheveux qui lui retombe finalement sur le nez. Elle adopte la même position, et répète :

-Oui ? C'était bien ?

Je balaye la salle du regard une nouvelle fois. Nous n'avons pas eu l'idée du siècle me semble-t-il. Nous devrions être en pleine réunion des livres-addicts anonymes, et au lieu de ça, nous nous trouvons dans un bar douteux, à deux pâtés de maisons du siège. 

Pleines de bonne volonté, nous nous sommes retrouvées devant l'immeuble des livres-addicts, mais notre mésaventure pour sauver La dernière fugitive nous a fait prendre conscience de l'ampleur de notre tâche. C'est une vraie forteresse, gardée par des chiens enragés qui ont déchiré mon jean préféré et ont laissé un souvenir à mon postérieur. J'ai encore du mal à m'assoir, j'ai même dû amener un coussin gonflable pour soulager mon séant meurtri, ce qui a beaucoup fait rire les filles. Moi beaucoup moins. Dix points de suture quand même, une vraie blessure de guerre. Je mériterais une médaille rien que pour ça.

La serveuse nous dépose nos consommations sur la table. Du thé pour les filles, et une camomille pour moi. Il faut que je me calme.  Le barman aux cheveux gras a fait une drôle de tête quand Melliane est allée les commander au comptoir. Il a ouvert une boîte poussiéreuse et en a sorti trois sachets. J'espère qu'ils contiennent bel et bien tisane et thé. J'observe un instant cette femme d'âge mûr qui tortille du derrière grimpée sur ses échasses et me semble malhabile avec son plateau. Et si c'en était un? Un de leurs espions... Un dernier regard à la ronde. Les murs du bar sont couverts de posters de vieux groupes de hard rock, et ça et là une tête de mort nous adresse un sourire sinistre. Les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre pourraient être n'importe où, dans n'importe qui.

Melliane me donne un coup de coude. Elle a eu du mal à faire tenir ses cheveux bouclés dans sa barrette ce soir, comme si le stress de la réunion les rendaient encore plus indisciplinés.

-Alors ?
-Oh, oui, c'était bien, c'était vraiment bien. J'adore ce que fais Jennifer L. Armentrour. J'avais adoré Jeu de patience, que je relis d'ailleurs de temps en temps... Alors je me suis laissée tentée.
-Et tu as rompu tes vœux, soupire le Chat.

Je secoue la tête.

-Non, pas du tout, c'était une pré-commande.

Melliane m'interrompt, ces digressions l'énervent un peu. Elle sait que nous avons peu de temps.

-Et Daemon, il est comment ?
-Un connard... Mais un connard sexy, ça change tout.

Les filles acquiescent en silence, le Chat porte son thé à ses lèvres. Il est bouillant. Elle réprime une grimace.

-Mais ce n'est pas pour Daemon que je l'ai fini en une soirée... Non... c'est parce que JLA a le don de recréer des atmosphères, des univers à part. Certains l'ont comparé à Twilight, mais de toute façon, si on prend un univers de jeunes adultes avec des pouvoirs, une histoire d'amour, ça ne peut que faire penser à twilight. J'ai trouvé d'ailleurs que c'était plus adulte que Twilight, moins moralisateur aussi. Et l'histoire est tout aussi belle...

- Et tu as craqué, trois fois...

Je me mordille l'intérieur de mes joues, consternée par ma faute.

-J'ai lu le tome 1 en une soirée, et le lendemain, je me sentais comme habitée. Ça doit être le pouvoir des Luxens. Il me fallait le deux, mais il n'est pas traduit... Et je ne comprends pas l'anglais...
-Oh dur, dit Melliane.

J'ai envie de l'étrangler, un tout petit peu. Parce qu'elle lit l'anglais, elle, et qu'elle est toujours en train de me narguer avec ses lectures. Elle a toujours de l'avance sur nous. Mais je m'abstiens, je l'aime bien.

-Mais je lis l'espagnol... Et je l'ai trouvé en espagnol... Ainsi que le deux, et le trois, et le quatre....alors j'ai cliqué, parce qu'il me les fallait...Mais même comme cela, cela allait être trop long, les délais d'expédition, vous savez. Et il y avait une promo, oh une toute petite de rien du tout sur le tome deux. Et je l'ai pris en ebook. Mais j'aurai la version papier pour ma bibliothèque !

Melliane secoue la tête d'un air navré.

-T'es vraiment accro...
-Dit la fille qui trépigne à l'idée de lire le tome trois d'Anne Bishop.

Nous poussons toutes les trois un long soupir.

-On est des cas désespérés...
-Et on doit élaborer une stratégie, une vraie parce que...

Je n'ai pas le temps de finir ma phrase qu'un vent glacé nous saisit. On était pourtant pas si mal dans ce bar...

La Cerbère-rousse vient d'entrer et se dirige tout droit vers nous. Elle n'a pas l'air contente. Je glisse, dans un mouvement que j'espère discret, sous la table, et me cogne la tête contre celle de Melliane.

-Ouille...

Le Chat et elle ont eu la même idée que moi...