dimanche 27 décembre 2015

La galerie des maris disparus, Natasha Solomons

Quand son mari se volatilise, Juliet Montague disparaît à son tour. Ni veuve ni divorcée, elle n’a pas le droit de refaire sa vie selon les règles de la communauté juive à laquelle elle appartient. Juliet s'efforce pourtant de son mieux d'assumer le quotidien et d'élever ses deux enfants. Mais le jour de ses trente ans, un matin de l’hiver 1958, elle prend une décision tout sauf raisonnable : au lieu de consacrer ses économies à l'achat d'un réfrigérateur, elle s'offre un portrait à son effigie.
Ce tableau, premier d’une longue série, signe le début de son émancipation : passionnée de peinture, Juliet va peu à peu repérer les talents émergents, frayer avec le gotha artistique de Londres et ouvrir sa propre galerie.
Ses nouvelles amitiés et, plus tard, son amour pour un brillant peintre reclus dans sa maison du Dorset l’aideront à affronter les commérages et la réprobation des siens. Mais Juliet reste enchaînée et, pour se sentir tout à fait libre, il lui reste un mystère à élucider...

Il est des livres qui sont une certitude. Pas le moindre doute quand on le sort d'une étagère, mais plutôt la conviction profonde que c'est le bon livre, à ce moment précis. 

C'est exactement ce qui s'est passé pour ce roman de Natasha Solomon. Quelques jours d'intense fatigue, de lecture laborieuse autour d'un obscur roman que j'avais tiré de mon étagère (oui, je parle bien de la Communauté du Sud...), la crainte de la pénibilité du suivant pendant que je regardais les titres de ma PAL, et puis le regard attiré vers la tranche de ce roman, alors qu'il était pourtant caché derrière les autres (aucun commentaire sur l'énormité de ma PAL, c'est dans ces moments-là que je la revendique haut et fort, même si je préfère taire le nombre exact, vous me prenez pour une personne équilibrée et saine d'esprit (oui, oui, j'en suis sûre !) et si le nombre à trois chiffres vous était connu, je suis sûre que vous reverriez votre jugement). J'ai pourtant essayé d'en feuilleter un autre, censé être plus léger, une romance moderne, grisante, j'en étais convaincue, mais non. C'était le moment de La Galerie des maris disparus, alors j'ai écouté cette petite voix qui se faisait insistante...

Ce roman a comblé toutes mes espérances. Voire plus encore. Il faut toujours écouter nos petites voix.

Juliet a tout pour être heureuse : des parents aimants, un quartier soudé qui vit au rythme des préceptes du judaïsme, un mari qu'on lui envie, et qu'elle aime, même s'il a la fâcheuse tendance à s'adonner au jeu (mais comme elle se dit, au moins il ne boit pas), et deux enfants merveilleux. Elle a vraiment tout pour être heureuse, jusqu'à ce jour qui, pourtant, commençait comme tous les autres jours... Son mari disparaît, emportant avec lui le seul objet de valeur qu'elle possède: un tableau qu'un artiste avait peint d'elle alors qu'elle n'était qu'enfant.

Commence pour elle la disgrâce, elle est une aguna, femme abandonnée mais qui ne peut divorcer, seul les hommes ont ce privilège. Et elle doit subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants, retourner travailler dans l'entreprise bien trop grise de son père. Elle qui voit les couleurs comme personne, qui a le don de déceler l'art, le vrai, doit se cantonner à un monde qui n'oscillerait qu'entre le blanc et le noir. Mais si finalement, l'abandon de son mari était une véritable libération ? Si elle pouvait commencer à vivre ? Elle se décide à franchir le pas et entame une vie de portraits et de rencontres, une vie d'amour et d'art, une vie de liberté...

J'ai adoré tourner les pages de ce romans au gré des portraits de Juliet qui vont jalonner sa vie. La construction de ce récit est très intéressante et originale. Chaque chapitre se construit autour d'un de ses portraits, et à travers ce puzzle qui n'est qu'une multitude de fragments de qui elle est, se reconstitue sa vie.

Femme forte, femme courage qui, au-delà de la traîtrise et de l'abandon, doit faire face au rejet de l'émancipation d'une culture qui vit ancrée dans un certain passéisme. Femme qui cherche à s'assumer mais en restant fidèle à ce qu'elle est, sans tomber dans une frénésie trop facile d'excès qui m'aurait sans doute empêchée de m'attacher à elle, Juliet avance, s'affirme, aime et nous fait l'aimer pour ce qu'elle est, parce que son monde est fait de couleurs, parce qu'elle ne veut qu'une chose, vivre...


Une très belle réflexion sur le judaïsme, sur la place des femmes, de l'amour et de l'art. Un vrai moment de bonheur... 

jeudi 24 décembre 2015

Volée noire, tome 2, Meg Corbyn, Anne Bishop

Grâce à son don de clairvoyance, Meg Corbyn a gagné sa place auprès des dangereux Terra Indigene de Lakeside. Lorsque l'apparition d'une nouvelle drogue violente et addictive remet en cause le pacte fragile entre Autres et humains, la petite ville est de nouveau plongée dans la tourmente. Les aptitudes de Meg devraient permettre à Simon Wolfgard, dirigeant métamorphe de l'enclos, d'éviter un bain de sang. Mais encore faut-il pouvoir déchiffrer ses visions à temps. D'autant que l'homme qui veut récupérer la prophétesse se rapproche, mettant en péril les vies de tous ceux qui la considèrent à présent comme l'une des leurs.
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Résumé des Chroniques de la Liste-noire-des-livres-interdits.
Une sombre menace plane sur nos livres-chéris, sur ces ouvrages qui nous transportent jusqu'à pas d'heure dans la nuit et nous font rêver encore et encore dans la journée : les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre les ont déclarés « dangereux pour l'humanité », et nous somment, nous, les humbles lecteurs, de les leur livrer. Voici l'histoire de notre rébellion! 
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Rappel de l'épisode précédent : Le Chat, dans une interprétation douteuse de l'une des prophéties, nous a entraînées devant une église, non loin du QG des livres-addicts Anonymes où sévit la Cerbère Rousse. Portée par sa curiosité légendaire, Melliane est entrée par un vitrail cassé, nous laissant seules à l'extérieur.
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– Eh oh... les filles ! gémit Melliane.

– Bon, on fait quoi... Il pleut, Livre-vie est enrhumée et est aussi discrète qu'un hippopotame dans un magasin de porcelaine, et on a Melliane qui se la joue Indiana Jones à la découverte de la nef perdue... Réfléchissons, réfléchissons, marmonne le Chat du Cheshire en se grattant le menton. 

Je suis sur le point de lui envoyer une remarque bien sentie que je n'ai pas encore trouvée mais qui ne saurait tarder et étonnera tout le monde par sa subtilité quand un chat feulant et crachant lui répond à ma place. Transmission de pensées, quand tu nous tiens...

– Quelles sont les options ? demande Lupa, une petite ride de concentration barrant son front.

Ou peut-être que cette ride est due à l'inquiétude ? Je ne pourrais pas lui en vouloir, j'héberge sa petite sœur au fond de moi. La nuit a enfilé son manteau de nuage et le ciel a décidé qu'il allait rivaliser avec la terre en revêtant ses couleurs sombres. Le décor idéal d'un film d'horreur. 

J'éternue bruyamment. Mon option 1 serait de rentrer me glisser sous la couette avec une bouillotte bien chaude et un pot de Nutella, mais je ne crois pas que ce soit du goût de Melliane. Quelques pas un peu lourds résonnent dans l'église, elle doit être en train d'explorer les lieux.

– 1) On entre, 2) On n'entre pas 3) On réfléchit encore un peu et on va prendre un café pour avoir un vrai plan, rétorque Bea en s'aidant de ses doigts pour compter.

– Je connais un café pas loin d'ici, suggère Johanne.

C'est vrai que l'option 2 est plutôt attrayante et aux hochements de tête de mes camarades, je devine qu'il s'agit d'un sentiment partagé.

Une voix se faufile par le trou du vitrail.

– Non, non, les filles. Pas de 2 ni de 3, juste le 1 ! Vous vous bougez le popotin et vous entrez ! On ne tergiverse pas ! Point final ! Il fait froid, il fait noir et je suis toute seule !

Apparemment, Melliane ne partage pas ce sentiment.

L'écho de pas battant les dalles de la nef se fait de nouveau entendre. Le fond de l'air est frais ce soir, à mon avis, elle se déplace pour se réchauffer,

– Euh, les filles, je ne suis pas seule, alors vous vous bougez les fesses et vite !

Ah non, ce n'étaient pas ses pas à elle que l'on entendait! Johanne nous sert une moue résignée accompagnée du long soupir de Roanne. Pas le choix... Ah, si on avait l'un des corbeaux qui peuplent l'Enclos de Simon... Ça serait bien pratique. On l'enverrait en éclaireur, et hop, il nous ferait un rapport sur ce qu'il y a à l'intérieur. Bon, son attirance pour les objets qui brillent pourrait nous attirer des ennuis, il risquerait de partir avec un crucifix. Il nous faudrait quelqu'un ayant l'autorité naturelle pour le contrôler. Ou Simon tout court.

Je souris bêtement.

Simon Wolfgard est quand même sacrément efficace. Un mot de lui et l'Enclos lui obéit. Il sait y faire. De l'autorité, un brin de force et du dialogue... Un vrai chef ! Ça serait quand même très bien d'avoir un Simon avec nous. Et tant qu'on y est, une Meg aussi. On ne sait pas ce qu'on va trouver là-dedans. Une prédiction et zou, on serait fixées. Bon, d'accord, il faudrait passer par une entaille et verser le sang de Meg n'est pas une bonne chose. Ses réserves ne sont pas inépuisables et cela suscite d'ailleurs beaucoup d'interrogations sur son espérance de vie.

– Les filles ? chantonne Melliane. Vous faites quoi ?

Elle n'a pas chantonné la dernière partie de sa phrase. Elle l'a littéralement hurlé, comme un grizzly en colère. Comme celui de l'Enclos. Je la sens un tantinet stressée. Il faut dire que seule, dans le noir, dans une église inconnue... Ce n'est pas la recette idéale, j'en conviens.

J'éternue encore une fois bruyamment.

Chutt, proteste Johanne.

Je n'en tiens pas compte et me mets les poings sur les hanches, histoire de faire une bonne imitation de Simon et ainsi de me donner une aura d'autorité. Au gloussement de Lupa, je ne suis pas convaincue d'y être arrivée. Ce sentiment se confirme quand je la vois donner un coup de coude à Bea qui se mord la lèvre inférieure pour ne pas ricaner. Ça doit être à cause de mon nez trop rouge à force de me moucher.

– Bon, quand faut y aller, faut y aller...

Notre Chef-Stratégie, Le Chat, répartit en deux secondes les rôles. Elle est douée pour ça. Elle aime bien donner des ordres, du genre Général-en-chef. Moi je suis plutôt... Euhhh, le cerveau du groupe. Oui, c'est ça... Je suis le cerveau du groupe... Celle qui a toujours la tête sur les épaules, toujours réfléchie, qui mesure risques et conséquences et qui prend les décisions qui s'imposent, quand elle s'imposent.

– Je rêve ou elle vient de dire qu'elle était le cerveau du groupe ? entends-je une Roanne narquoise.
– Mouais, alors sacrément enrhumé le cerveau, ajoute une Johanne hilare.
– Vous vous souvenez pendant le Salon du livre, quand elle a crié « Mortecouille » au milieu de la foule ? croit bon d'ajouter le Chat
– Et quand elle a percuté la Cerbère Rousse alors qu'elle voulait écouter ce qu'elle disait ? continue Johanne qui à du mal à retenir ses larmes à force de rire.
– Elle a fait tout cela ? demande Bea, incrédule.

Lupa se tient les côtes tellement elle rit, et moi j'ai soudain très envie de vite courir jusque dans l'Enclos pour disparaître de la surface de la Terre. Je bombe un peu le torse malgré tout, et m'apprête à protester quand la voix de Melliane s'élève depuis l'intérieur de l'église.

– Je rêve ou vous êtes en train de prendre le thé alors que je suis encore et toujours toute seule ? Vous attendez quoi ? Le Père Noël ?

Au moins, je ne suis pas la seule à ne pas trouver ça drôle. Merci Melliane ! Même si je la sens plutôt impatiente que réellement solidaire avec moi.

Les filles s'engouffrent à tour de rôle par le trou dans le vitrail. A chaque semelle qui m'écrase le visage dans un appui hasardeux, je les remercie silencieusement de ne pas être, comme Melliane, une adepte des talons vertigineux. Elle sont dedans, ne reste que moi dehors.

– Euh, les filles, pourquoi c'est moi la dernière ?
– Parce que tu cours vite, me rétorque Le Chat.
– Et quel est le rapport ? grommelé-je en me hissant à la force de mes bras, ou plutôt en essayant de me hisser à la force de mes bras, parce qu'à la place de muscles, j'ai du Nutella dans les biceps.
Il faut que je réduise ma consommation. C'est décidé, ça sera l'une de mes bonnes résolutions 2016.
– Il n'y en a pas, on ne voulait pas te dire que c'est parce que tu es un peu blonde que tu es dehors, glousse Bea...

Et c'est elle qui me parle de blonde ! Elle a un blog qui s'appelle l'Ancre Littéraire d'une blondinette ! Il va falloir que je lui rappelle que je suis le Cerveau et que c'est un petit scarabée, une jeune recrue. Un peu de respect que Diable ! Je vais le faire, dès que je serai à l'intérieur, mais pour l'instant, la grande question est : comment je fais pour entrer ?

– Attrape mon bras !

Roanne, ma sauveuse !
Elle a passé la moitié de son corps par le vitrail et me tend la main. Je la saisis, et en dix secondes, je suis à l'intérieur.

– Tu vois, ce n'était pas si difficile, ironise Johanne.

Je lui jette un regard noir, mais je ne suis pas sûre qu'elle le voit. Il fait très sombre dans l'église.

– Melliane, tu as vu quelque chose ?
– Quoi ?
– Quand tu nous attendais, tu as vu quelque chose ?
– Vous connaissez la définition du mot « Attendre ».
– Ça veut dire... attendre... et pas inspecter. Donc, non, je n'ai rien vu. Il fait trop noir, mon téléphone n'a plus de batterie et en plus, j'ai froid et vous avez mis au moins trois siècles à arriver, trépigne-telle.
– J'ai ! s'enthousiasme Lupa en allumant la lampe torche de son téléphone.
Elle sautille sur place, très satisfaite d'elle-même. A moins que ça ne soit pour se réchauffer. L'humidité des lieux étreint nos os.

J'éternue une nouvelle fois. L'option « Couette » était vraiment tentante...

Nous nous lançons en file indienne dans l'exploration de la nef. Inconsciemment, chacune d'entre nous a saisi le manteau de celle qui se trouve devant. Lupa ouvre la marche, c'est elle qui a la lumière.

J'imagine que c'est un peu ce que Meg a dû ressentir en arrivant dans l'Enclos. L'impression de ne pas être dans son élément, de devoir trouver ses marques dans cet univers qui lui est complètement étranger. Mais elle n'est pas la seule à ressentir cela. Les barrières sont telles entre les Autres et les humains qu'ils ne savent pas comment cohabiter. Jusqu'alors, cette question n'avait pas lieu d'être. Le monde était scindé en deux : les Autres, et les humains, qui, s'ils avaient le malheur de fouler le sol du territoire des Autres, finissaient sur les étals du boucher. Mais les choses évoluent, il suffit parfois de pas grand chose, du battement d'aile d'un papillon, d'un petit bout de femme telle que Meg... Des questions intéressantes sont abordées, comme celle de la nécessité du vivre-ensemble, de ses conséquences aussi, de comment apprendre à cohabiter malgré les différences, des émotions naissantes, de comment les appréhender. Le monde que dépeint Anne Bishop est brutal, cruel, mais elle évite un schéma trop manichéen qui aurait été maladroit. Il n'y a ni vraiment bons, ni vraiment méchants. Bien sûr, certains individus sont le mal incarné, mais n'y en a-t-il pas dans toutes les espèces ?

– Oui, j'ai adoré aussi, l'auteur va au bout de ce qu'elle a proposé. Tout est très bien pensé, très bien mené. Moi, je n'aurais pas tenu longtemps dans un tel monde, me répond Roanne.

Je n'avais pas l'impression d'avoir parlé à voix haute. Le rhume... Je ne vois que cela pour expliquer ma propension à dire tout haut ce que je pense.

– Et la relation Simon et Meg est vraiment touchante. Anne Bishop les laisse évoluer à leur rythme, pas besoin d'un marathon de couette pour faire vibrer le lecteur, ajoute Melliane en se frottant les mains pour se réchauffer.
– Oui, c'est vrai... Tout comme les relations avec les autres membres de l'Enclos, j'adore Hiver, Printemps, leurs poneys... Sans oublier les quelques humains qui osent franchir la porte de l'Enclos et sont autant de souris au milieu d'une troupe de chats, mais qui tentent de prouver que tout le monde n'est pas comme ceux qui ont fait du mal à Meg. La plume est vraiment intéressante, légère, pleine d'humour mais également teintée d'une gravité nécessaire, acquiescé-je.

Boum... Un bruit retentissant nous fait sursauter.

– Ça, ça n'était ni léger, ni plein d'humour... hasarde Lupa.

Les secondes s'écoulent lentement, très lentement. Nous avons arrêté de respirer. C'est fou combien le temps peut nous sembler long quand nous sommes en apnée.

– Euh, Père Noël, c'est vous ? finis-je par m'enquérir d'une petite voix...


Joyeux Noël à tous et à toutes ! Et n'abusez pas du Nutella ! Euh, du chocolat !

PS : Merci à Roanne pour un de ses commentaires que j'ai repris dans une de ses répliques, et à Melliane, même si elle me nargue toujours autant avec son avance sur moi. Dire qu'elle a déjà lu le tome trois... Grrrr




mardi 22 décembre 2015

La communauté du Sud, tome 11 : Mort de peur, Charlaine Harris

"Me revoilà, Sookie, de retour au bercail ! Je suis enfin revenue à Bon Temps. Et quel retour! Vous ne devinerez jamais ce qui s'est passé : quelqu'un a tenté de réduire le Merlotte en cendres sous mes yeux !Plus de peur que de mal, me direz-vous. Je suis bien décidée à mener l'enquête et, vous me connaissez, je ne vais pas en rester là ! J'ai déjà quelques soupçons, mais je sens que quelque chose de beaucoup plus grave se trame au sein du clan des buveurs de sang."
Depuis que le Merlotte a brûlé, rien ne va plus dans les bayous ! Adieu la vie paisible à Bon Temps, Debby Pelt est de retour et vient régler ses comptes. Les luttes d'influence s'immiscent au sein du clan des vampires depuis que Felipe, le roi, a placé Victor en qualité de régent juste au-dessus d'Eric. Toutes ces révélations vont fragiliser le beau duo que forment Sookie et Eric, et, une fois de plus, la pègre des suceurs de sang va faire de graves dégâts...

Est-ce que vous avez déjà eu l'impression de perdre votre temps en lisant un roman ? De vraiment perdre votre temps ? Une situation du genre « je cours tout le temps et je soupire d'aise parce que ma journée est enfin finie et que je peux me mettre au lit avec un bouquin », un moment que vous attendez avec impatience, une sorte de bouée au milieu de la frénésie du boulot... Et puis Bam... Perte de temps. Rien de ce que vous attendiez de ce roman ne se produit. Pas de gloussements, pas de rires à peine contenus, pas de gorge qui se serre, pas de papillons qui s'agitent. Rien. Nada. Nothing. Une perte de temps je vous dis...

J'avais apprécié les tomes précédents, même si je ne me souvenais pas vraiment de la raison pour laquelle j'avais délaissé cette série. Maintenant je le sais, la lassitude de la répétition. Et une Sookie insupportable... Et des personnages un peu fades, malgré un Eric sexy et charismatique (et beau comme un Dieu!) et une Pam à l'humour accrocheur. Mais justement, dans ce tome, Sookie est toujours aussi insupportable (elle mérite une palme) et Eric n'est ni drôle, ni vraiment sexy... Sans parler de Pam qui a perdu tout son mordant. Bon, si je suis honnête, il y a quelques bons mots qui m'ont arraché un sourire, heureusement, sinon toute ma lecture aurait été un calvaire (dans ces cas-là, je maudis mon incapacité à arrêter un livre. Mais pourquoi est-ce que je culpabilise comme une dingue si je ne vais pas au bout? C'est vraiment n'importe quoi...), mais ils ont été trop rares pour que ce sentiment perfide ne s'estompe. La perte de temps. Alors que chaque minute m'est précieuse. grrrr


Et dire qu'il me reste encore deux tomes...

dimanche 13 décembre 2015

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Harper Lee

Dans une petite ville d'Alabama, à l'époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.

Couronné par le prix Pulitzer en 1961, « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde entier.

Qu'il est difficile parfois de commencer une chronique. L'on voudrait trouver les mots, ceux qui pourraient définir à la perfection les émotions ressenties pendant la lecture, et parfois, la page demeure désespérément blanche. Les mots sont absents, engloutis par les émotions qui battent encore au fond de nous.

C'est exactement ce que je ressens à ce moment précis. Je ne trouve pas les mots, ils glissent comme des grains de sable entre mes doigts, ils me semblent trop pauvres pour décrire cette déferlante qui pulse encore en moi.

Le titre « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » m'était familier. J'avais déjà rencontré ce roman, au détour d'une critique peut-être, sur une étagère d'une libraire sans doute, mais je n'arrivais pas à déterminer à quel genre il appartenait, à quelle époque il avait été écrit, et par qui. C'était un titre qui flottait dans mon esprit, sans que je réussisse à trouver une prise à laquelle me raccrocher. C'est maintenant chose faire. « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » a laissé une empreinte indélébile en moi.

Le récit nous transporte à Maycomb, en Alabama dans les années 1930. La récession frappe cette petite ville rurale et ségrégationniste où se côtoient tant bien que mal populations blanche et noire.

Scoop est une petite fille indépendante et rebelle. Sa tante Alexandra voudrait qu'elle se comporte comme la petite fille modèle qu'elle devrait être en souvenir de la grandeur passée de la famille. Porter des robes, ne pas jurer, ne pas interrompre les adultes, surtout les hommes, servir le thé, ne pas avoir l'esprit trop vif, sourire, acquiescer et faire attention à sa coiffure... Tout ce que Scoop déteste. Tout ce que Scoop n'est pas. Elle adore sa salopette poussiéreuse et suivre son grand-frère Jem comme son ombre dans des aventures dangereuses telles que courir plus vite que le vent devant la palissade de la maison de Boo Radley, celui qui ne sort jamais, ou grimper aux arbres avec Dill, l'ami qui vient passer l'été chez une voisine. Elle aime beaucoup Calpurnia, leur cuisinière noire qui lui a appris à lire, mais ne comprend pas pourquoi la maîtresse à l'école s'échine à lui dire que savoir déjà lire à son âge n'est pas bien.

Et puis il y a Atticus Finch, son père. Un avocat taciturne qui encourage son esprit d'indépendance, même s'il n'hésite pas à poser des limites aux jeux de ses enfants. Le respect. Voilà ce qui compte à ses yeux. Il faut toujours respecter les autres, même dans les jeux d'enfants.

Le temps s'écoule au rythme des aventures de cette joyeuse troupe, et de Scoop qui découvre le monde, même s'il y a des chose qui lui échappe. Pourquoi ne peut-elle pas aller chez Calpurnia le dimanche ? Elle aimerait tant voir sa maison et manger des gâteaux dans sa cuisine. Et pourquoi tant d'animosité envers ce Tim Robinson et envers son père qui le défend ? C'est un procès, on a tous le droit à un procès, c'est ce que lui ont expliqué Atticus et Jem. Cela lui semble normal. Alors en quoi celui-ci est-il différent ? Pourquoi les gens crachent-ils en croisant son père ? Parce que Tim est noir ? Mais noir ou blanc, quelle différence ?

Oui, quelle différence ? Personne ne peut lui répondre, c'est comme cela. Même Calpurnia ne veut pas lui expliquer pourquoi elle parle différemment quand elle est dans son quartier. Le monde est comme cela. On ne se mélange pas. Pas encore.

Alors Scoop va chercher à comprendre, elle ne veut pas perdre une miette du spectacle qui se joue sous ses yeux. Elle analyse avec sa logique toute enfantine, et cherche à comprendre cette comédie dramatique. Même son père joue un rôle, lui qui était le meilleur tireur de Maycomb et qui n'en est pas fier. Il n'en avait même pas parlé à ses enfants ! Il ne lui avait rien dit ! Son père qui ne veut pas que l'on tire sur l'oiseau moqueur. L'on ne tire pas sur l'innocence. L'on ne tire pas sur la vie. Malheureusement, la population de Maycomb n'est pas encore prête à ce constat, et le triste spectacle qui se déroule sous nos yeux m'a arraché des larmes.

Fidèle portrait de l'Amérique de l'époque aux reflets tellement contemporains, « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » est un roman qui marque. Roman de l'enfance, léger parfois, drôle aussi, roman initiatique, roman qui porte le regard sur une réalité acide, sans concessions... 1930- 2015... Les temps ont changé, mais on a toujours tendance à tirer sur l'oiseau moqueur. 

J'ai savouré ce récit, j'ai adoré ces lignes. Un livre que tout le monde devrait lire.




dimanche 29 novembre 2015

L'homme qui fuyait le Nobel, Patrick Tudoret

Tristan Talberg, écrivain reconnu, se voit décerner le prix Nobel. Mais… il n’en veut pas. Misanthrope, en deuil d’une épouse aimée, il est pris de panique devant le vacarme médiatique provoqué par le prix et décide de s’enfuir de Paris. Réfugié chez des amis, traqué par la police qui pense à un enlèvement et par une meute de journalistes en quête d’un scoop, il doit encore fuir vers des horizons dont il ignore tout. Sur la route de Compostelle, il retrouvera le goût de vivre.

Parfois, les résumés sont trompeurs. Ils nous mettent sur une piste finalement bien différente de ce que sera notre lecture. Je ne sais pas pourquoi, mais en lisant le résumé, je m'attendais à une comédie légère, un brin déjantée, qui m'aurait arraché force de rires et m'aurait obligée à me cacher des regards inquisiteurs envieux de partager une telle euphorie. 

J'ai eu à me cacher, mais pas à cause de mes rires. A cause de mes larmes, des larmes que je voulais garder pour moi seule tant cette lecture m'a touchée. Qu'il est difficile d'expliquer pourquoi on pleure en lisant un roman ! Un « C'est beau » semble tellement insuffisant, un « C'est triste » bien loin de la réalité, parce que L'homme qui fuyait le Nobel n'est pas un livre triste, c'est celui de l'amour, de comment vivre quand on a perdu la moitié qui occupait notre cœur, de comment on renaît porté par ce même amour. C'est un roman initiatique alors qu'on a passé l'âge des initiations. C'est le roman des livres, ces références qui nous habitent, celles que l'on tait souvent de peur de passer pour un extraterrestre perdu sur un planète inconnue, ces livres qui nous remplissent, qu'ils soient légers ou profonds, sans distinction.

« Marcher, marcher toujours. Oublier un peu ce monde, les ordures qu'il charrie, le temps d'un rire d'enfant. »

Tristan est un écrivain consacré, le Nobel vient de lui être décerné. Mais pourquoi lui ? Pourquoi lui alors qu'il n'a rien écrit depuis ce triste jour d'il y a cinq ans qui lui a enlevé son Yseult ? Pourquoi lui alors qu'il y a tant d'autres écrivains méritants ? Ces académiciens sont fous ! Il n'en veut pas de ce Nobel, et ce n'est pas un caprice de diva. Il n'en veut pas, un point c'est tout. Mais l'Académie est têtue, il le sait, et son éditeur encore plus. On va le forcer à l'accepter, contre sa volonté. On va faire de lui une star, lui qui fuit le monde et chérit l'isolement. Il ne lui reste qu'une solution, la seule et unique. Partir. D'abord retrouver ses amis et puis continuer. Jusqu'à se retrouver par hasard sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Et cette fuite en avant devient cheminement vers la renaissance, avec un constat déchirant : « L'enfer, c'est de ne plus aimer ». L'enfer, c'est d'être sans son Yseult.

Ponctuant sa narration à la troisième personne avec les lettres que Tristan écrit pour sa défunte Yseult qui est devenu son être-miroir, présente à chacun de ses pas, Patrick Tudoret nous livre un roman bouleversant qui alterne parfaitement moments graves et instants emprunts de légèreté. Tristan, à l'approche de cette Galice qui accueille Saint Jacques en son sein, « cette contrée échevelée, giflée par les vents atlantiques », apprend à se connaître et fait un bilan de sa vie au gré de ses rencontres. Il croise cette jeune femme qui l'émeut. Pas d’attirance physique non, il n'a plus l'âge et cela n'était réservé qu'à Yseult, mais un attendrissement, quelque chose qui le touche, une fragilité, une remise en question. Parce que finalement, la question n'est pas « y a-t-il une vie après la mort », mais « y a-t-il une vie AVANT la mort ? » et qu'a-t-il fait de la sienne depuis qu'Yseult n'est plus?

Inutile de dire combien j'ai apprécié ce récit aux sentences pourtant faciles mais porteuses d'une telle vérité. Cet homme et sa quête m'ont bouleversée, et j'ai aimé sentir respirer cette Galice que j'aime tant sous la plume de l'auteur.

Je terminerai cette chronique par ces mots empruntés à Tristan, il ne m'en voudra pas j'en suis sûre.

« Chez l'homme, toujours, cette fascination du gouffre, des abîmes, du mal. Oui, il est patent que le mal existe et qu'il se manifeste dans ce monde de façon obscène, mais son contrepoint est aussi à l'oeuvre : ces millions d'êtres qui, chaque jour, religieux ou laïcs, croyants ou non croyants, vouent toutes leurs forces à ouvrir les vannes de ce fleuve d'aide et d'amour qu'on appelle pompeusement le Bien. Qui en parle ? »


Merci aux Editions Grasset pour cette lecture !

mardi 24 novembre 2015

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, Eric-Emmanuel Schmitt

Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ? L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

J'ai continué le Cycle de l'invisible d'Eric-Emmanuel Schmitt avec Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, et si les autres volumes avaient bercé mon cœur, il est malheureusement resté hermétique à celui-ci.

L'idée de départ est intéressante, touchante même. Le narrateur, un homme d'affaires français, rencontre une dame-pipi dans un grand hôtel de la province de Guangdong. Cette rencontre qui aurait pu en rester aux politesses d'usage, « Bonjour », le bruit d'une monnaie jetée dans une assiette, « Merci », « Au revoir », atteint d'autres paliers.

En effet, madame Ming n'est pas qu'une simple dame-pipi. Madame Ming est une personnalité fascinante qui peut se vanter d'avoir eu dix enfants dans une Chine pourtant sous le joug de la politique de l'enfant unique. Dix enfants ! Et tous extraordinaires ! 

Alors mensonge ? Vérité ? Folie ? Ce sera au narrateur de le découvrir.

La plume est allègre, travaillée comme toujours chez cet auteur, et le récit nous fait frôler du bout des doigts les préceptes de Confucius. Madame Ming est attachante et pousse le narrateur à voir le monde  qui l'entoure autrement, il évolue à son contact pour accéder au bonheur, mais il m'a manqué un petit quelque chose pour me faire basculer dans l'enthousiasme qui a caractérisé les autres récits du Cycle de l'invisible. Est-ce parce que je ne suis pas familière de Confucius ou parce que l'histoire aurait gagné à être développée davantage pour éviter cette sensation de survol ? Honnêtement, je ne sais pas. J'ai beaucoup apprécié le personnage de Madame Ming, me suis retrouvée dans celui du narrateur, mais la sauce n'a pas pris totalement.

Il ne me reste que Le sumo qui ne voulait pas grossir pour clore le Cycle, et malgré cette légère déception, j'ai hâte !


lundi 23 novembre 2015

Chasseuse de vampires, tomes 1, 2 et 3 Nalini Singh


Tome 1 : le sang des anges

" Je suis Elena Deveraux et j'ai beau être la meilleure chasseuse de vampires du moment, je ne suis pas sûre d'être à la hauteur de mon prochain job. Mon employeur étant le terrifiant Raphael, Archange à la beauté redoutable, je n'ai aucun droit à l'erreur... même si c'est mission impossible. Cette fois, ce n'est pas un simple vampire rebelle que j'ai à chasser. C'est un Archange déchu. Quand les Archanges jouent, les mortels cassent "

Tome 2 : Le souffle de l'Archange

" Après un an de coma, je me suis réveillée pour constater... que j'étais devenue un ange. Continuer mon job de chasseuse de vampires ? Difficile, mais pas impossible. À condition que je parvienne à faire comprendre à mon Archange préféré, Raphael, que je ne suis pas à sa botte. Enfin, si c'était mon seul problème, je m'en sortirais... mais voilà que Lijuan vient de péter les plombs. Direction Beijing, de nouveau à la poursuite d'un Archange timbré. Qui m'aime me suive ! "

Tome 3 : la compagne de l'Archange

« Après les mésaventures de Pékin et une longue convalescence, me voici enfin prête à regagner Manhattan en compagnie de mon Archange. Mais les éléments se déchaînent aux quatre coins du monde, provoquant des désastres sans précédent qui font trembler le Cadre. Si l’on en croit la légende, il semble qu’un Ancien se réveille, et croyez-moi, ça n’augure rien de bon ! »

Question du jour : quels sont les ingrédients pour avoir une bonne saga d'urban fantasy ? Attention, top chrono ! Vous avez 30 secondes pour m'en citer quatre, et celui/ celle qui aura les bonnes réponses obtiendra le titre ô combien convoité de lecteur-d'-urban-fantasy-exigeant-qui-ne-se-contentent-pas-des-trucs-faciles.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac... 





Bipppp, temps écoulé ! 


Alors ?

1- Un scénario complexe qui recrée un univers original et cohérent. Twilight, c'était sympa, mais c'était sympa parce qu'il y en avait peu dans le genre sur le marché. Une sorte de révolution, un tournant. J'ai adoré, je ne renie pas cette saga qui m'a fait glousser comme une lycéenne alors que j'avais de la fièvre et que je comatais sur le canapé (je m'en souviens encore, Doux-Chéri avait dû aller m'acheter les volumes suivants parce que je trépignais d'impatience). J'ai adoré, à l'époque, c'est-à-dire il y a longtemps. Et ce n'est pas parce que les cheveux blancs pointent le bout de leur nez sur ma chevelure de déesse (oui, j'avais envie d'écrire UNE fois dans ma vie que je suis une déesse, laissez-moi savourer ce moment d'illusions plein de gloire!) que je ne suis plus vraiment fan. C'est juste que... pas vraiment original tout cela. Et un peu trop manichéen pour moi. Du blanc, du noir, des vampires qui brillent au soleil et qui doivent donc vivre dans des zones où il pleut tout le temps. Mouais... Un peu guimauve ça. Très peu en nuances (et non, je ne parle pas des nuances de la peau de Robert Pattinson au soleil, je parle des vraies nuances!)...
Je n'ai rien de lu de semblable à l'univers recréé par Nalini Singh. Il en va de même pour Meg Corbyn d'ailleurs... Tous les soirs je fais une petite invocation pour que la traduction française du tome trois atterrisse dans ma BAL plus tôt, mais pour l'instant, c'est un échec.  Ma Bal demeure désespérément vide. Je vais devoir porter une réclamation, mes super-pouvoirs ne sont pas vraiment efficaces... 
Revenons, non pas à Edward, mais à Raphaël. New York est dominée par l'Archange Raphaël qui veille à l'équilibre de son territoire du haut de sa tour. Résumer ce monde en quelques phrases serait beaucoup trop réducteur. L'auteure a imaginé un univers dans lequel chacun a un rôle à jouer en fonction de ce qu'il est. Elle s'éloigne des sentiers battus en revisitant les mythes. Les vampires ne sont pas complètement méchants (et ils ne brillent pas au soleil!), ils ne sont pas créés comme on le croit (quelle idée de croire que les vampires sont créés par d'autres vampires, c'est très surfait...), les anges ne sont pas gentils, et les humains ne sont pas complètement idiots. Tout est beaucoup plus subtil que cela. 
Cette saga est un fidèle reflet de ce que nous sommes, avec la palette de sentiments et d'émotions qui caractérisent notre monde, et toute cette palette s’égraine dans chacun des personnages qui n'est jamais totalement gentil ou totalement méchant. Un monde de gris, comme le nôtre, qui se contruit au fil des tomes, qui tisse sa toile progressivement pour prendre vie.

2- Des personnages emblématiques et un héros sexy. Comment ça, le héros sexy devrait -être en 1) ? Non, je suis un être raisonnable qui ne se perd pas dans la futilité d'une belle plastique de mâle. Surtout s'il a des ailes d'or blanc... et un torse sublime.. et des yeux cobalt... Non, pour moi ce n'est pas du tout essentiel, je proteste vivement ! Et non, le mythe de Pinocchio n'existe pas ! Vous avez déjà vu des nez qui s'allongent vous ? N'importe quoi. Le mien est toujours de la même taille, j'ai vérifié. Je vous assure, un beau mâle n'est pas un argument pour une bonne saga (Raphael est quand même... pfiou...)!
Plus sérieusement, les personnages sont les piliers d'une bonne saga. C'est une évidence, mais une évidence souvent oubliée. Il faut un subtil équilibre entre force et fragilité, pas une héroïne warrior ou un héros trop gentil (Edward était quand même trop... parfait... et il brillait au soleil ! D'accord, je me répète, mais en écrivant cette chronique, j'ai eu envie de visionner la séquence filmique où il brille et non, this is not possible...), et surtout éviter les héros têtes à claques qui nous font lever les yeux au ciel à chaque page. Nalini Singh a su trouver ce difficile équilibre. Raphaël a la réputation d'être un être cruel, ce qu'il est, mais sa cruauté n'est jamais gratuite. Les règles sont faites pour être respectées, et les transgresser en revient à remettre en question l'équilibre du monde. Des milliers d'années de vie l'ont progressivement dépossédé de tous sentiments humains. Jusqu'à ce que le Cadre ne fasse appel aux services de la Guilde des chasseurs pour ouvrir une traque peu conventionnelle et qu'il ne rencontre Elena. Ce n'est pas le coup de foudre. On serait dans ce cas dans une romance-guimauve et cette saga est tout sauf une romance-guimauve. Raphael ne sait pas ce qu'est l'amour. Il connaît des sentiments tels que la loyauté, celle des Sept envers lui, la droiture, celle qui engage vis-à-vis de ses Sept, le désir, mais l'amour lui est étranger. Mais Elena l'intrigue. 
Elena est un personnage attachant, un sacré bout de femme qui n'a pas peur de dire ce qu'elle pense, mais qui a été brisé. Son métier l'oblige à être forte, à résister, mais elle n'est que fêlures. Elle vit par résignation. L'amour lui est tout aussi étranger qu'il ne l'est à Raphaël, mais ça ne l'empêche pas d'être profondément humaine, et sa rencontre avec Raphael va tout bouleverser. Sa vie d'abord, elle sait qu'elle marche sur une corde raide et que sa survie n'est pas assurée. Si elle échoue, elle périra, sans doute des mains de l'Archange, pour ne pas avoir respecté son contrat. Son coeur ensuite... 
Tout au long des trois tomes, leur relation progresse et l'auteur a d'ailleurs été très habile sur ce point. Elle n'est pas tombée dans l'écueil du "l'amour est facile et on s'aime tous dans le pays des bisounours" ou encore dans celui du "je dévoile tout pour satisfaire mes lectrices". Leur relation est complexe et se développe dans l'adversité. Elle devient équilibre elle aussi.

3- Des personnages secondaires sympathique et drôles. Les héros, c'est bien, mais ils ne sont rien sans leurs satellites. Et là, nous sommes servis : entre la Guilde, le Cadre et les Sept de Raphaël, difficile de faire plus variés, sans parler du Refuge ou des autres anges. Mention spéciale à Dmitri et Venin, sans oublier Illium, Sarah, Zoé, Ransom, sa bibliothécaire et ses chemisiers col claudine, Sam... La liste est longue. Chaque personnage est bien développé et fait tantôt frémir, tantôt rire aux larmes. Je serais même prête à faire un fanclub des personnages secondaires de cette saga, c'est vous dire !

4- De l'action, et pas qu'au lit. Parce que les galipettes c'est sympa, mais trop de galipettes, c'est franchement lassant. Anita Blake (Encore elle ! Décidément je radote, les cheveux blancs, que voulez-vous...) en est un bon exemple. Je n'aime pas le porno, très peu pour moi, et du porno déguisé en Urban fantasy, c'est encore pire. Pas de porno dans cette saga : de la sensualité, du désir, de l'amour, des pages qui font rougir et glousser (glousser est un bon baromètre pour une saga, plus on glousse, mieux c'est. Et j'ai beaucoup gloussé!) mais surtout, de l'action, de la vraie. Avec des épées, des couteaux qui tranchent des gorges en plein milieu de Manhattan, des armes à feu, des anges qui s'écrasent, des serpents qui répandent leur venin, des corps mutilés, de la douleur, de la sueur... Et pas dans un lit... Le rythme est intense et ne ménage que peu de répit. On tremble, on se ronge les ongles (je serai clémente et vous éviterai la photo des miens pour illustrer), on retient des cris, on a la gorge nouée, le cœur qui papillonne, les joues qui se colorent, des soupirs attendris qui s'échappent. Et pendant trois tomes...

5- La plume. La plume de l'auteur est importante. Une mauvaise écriture gâchera une histoire intéressante, mettra à vif les nerfs du lecteur à cause de tics de langue qui auraient pu être évités. Et là, rien à dire. L'écriture est riche, parfois un peu crue, mais cela s'estompe au fil des tomes (belle évolution d'ailleurs, souvent ça tombe dans le schéma inverse), travaillée.
Seul bémol, les liens entre certains passages auraient gagné à être davantage développés. Nalini Singh a parfois tendance à éluder certaines explications/ scènes, et vu la complexité du monde qu'elle dépeint, cela peut nuire à la compréhension parfois. Heureusement, les explications arrivent rapidement, mais elle n'avait pas besoin de créer ce trouble.

Allez, je relève les copies. Que celles/ceux qui sont des lecteur-d'-urban-fantasy-exigeant-qui-ne-se-contentent-pas-des-trucs-faciles lèvent la main !



samedi 21 novembre 2015

Mon traître, Sorj Chalandon

Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir…
Les rues de Belfast résonnent encore de la poudre qui explose, des pieds qui battent le pavé, de ces corps qui saignent, de ces yeux d'où tombent des cascades de larmes... Ces yeux qui pleurent cette Eire qu'imagine Antoine, cette vieille femme aux cheveux blancs et au fort caractère qui lutte pour son identité, ces yeux qui rient au son du gaélique et qui se tordent de colère devant ces anglais qui défilent, conquérants contre ce peuple opprimé.

C'était hier, au détour du calendrier. Ce conflit s'étirera pendant plus de vingt ans, jusqu'à l'aube des années 2000.

Antoine est luthier et parisien. Sa femme l'a quitté. La monotonie jalonne sa vie jusqu'à ce qu'il ne découvre une photo de James Connolly qui fut d'une des figures de la résistance irlandaise contre les anglais pendant la fin du 19e siècle. Nous sommes en 1974. Ce portrait en noir et blanc, collé dans le fond d'un étui à violon, va donner à sens à son existence beaucoup trop terne. Une conversation avec un client, une impulsion et le voilà en Irlande, à la rencontre de cette vieille femme à la chevelure blanche.

Elle est partout autour de lui, autour de ces enfants qui jouent, autour de ces enfants qu'on enterre, sur ce mur que l'on marque de graffitis, dans sourire de Cathy et Jim O'Leary qui l’accueillent les bras ouverts, lui le luthier de Paris.

Et c'est en Irlande que le luthier devient homme. « Fils ». Ces mots s'impriment dans son cœur. « Regarde comment on fait ». Et dans les urinoirs d'un bar irlandais, Antoine devient Tony. Antoine est frappé à l'âme par Tyrone Meehan, ce leader irlandais emblématique et charismatique, incarnation vivante de la cause, et qui lui apprendra à uriner comme un homme. La vie est faite de petits moments insignifiants mais déterminants et celui-ci en est un. Une histoire d'hommes. La naissance d'une amitié.

Antoine-Tony rentre à Paris profondément bouleversé. L'Irlande lui a offert ce qui lui manquait, l'amour familial de ceux qui pleurent les leurs mais gardent le menton levé et ne baissent pas les yeux, l'amour d'une terre qui vous reçoit les bras ouverts et vous donne tout ce qu'elle a, même si elle n'a rien.

Le jeune homme se construit sous nos yeux, bouton fragile qui éclot peu à peu pour devenir un homme engagé dans une cause.

Mais le monde n'est jamais ni noir ni blanc. Il est fait de multiples nuances de gris. Et c'est ainsi que Tyrone, le Tyrone pilier du combat est en réalité un traître qui fournit des renseignements à l'Angleterre depuis près de 20 ans. Mais où s'arrête sa traîtrise ? Est-il seulement le traître de l'IRA ou est-il aussi le traître d'Antoine? Les valeurs humaines qu'il lui a transmises, noble héritage de cette vaillante Irlande, sont-elles réelles ou n'étaient-elles finalement qu'un rideau éphémère. Qui était ce Tyrone-Denis dont il doit faire le deuil ? Leur relation était-elle sincère ?

J'avais été touchée par Profession du père du même auteur. C'est un récit auquel je pense encore beaucoup. Il en va et en sera de même pour celui-ci. Sous couvert de fiction, Sorj Chalandon mêle des touches autobiographiques, Antoine-Sorj, Tyrone-Denis Donaldson, et les mots sont d'autant plus forts.


Ce récit ne se contente pas de s'immerger dans l'histoire de l'Irlande il observe et analyse les rouages du cœur humain. Il est tellement facile de porter un jugement, de prendre position, de trancher dans le vif, alors qu'en fait, le monde n'est que dégradé, et rien n'est vraiment simple.


mercredi 18 novembre 2015

Mercy Thompson, La faille de la nuit, tome 8 Patricia Briggs

Fuyant son nouveau compagnon violent, Christy, l'ex-femme d Adam, fait un retour fracassant dans les vies d'Adam et Mercy. La cohabitation n'est pas simple. Surtout lorsque Christy décide de monter la meute contre Mercy afin de récupérer Adam. Et la situation empire lorsque son petit ami retrouve sa trace : les cadavres s'empilent et Mercy va devoir mettre ses problèmes personnels de côté pour affronter une créature bien décidée à réduire son monde en miettes !

Bouhhh, pourquoi je ne parle pas anglais ? Bouhhh, mais pourquoi je ne peux pas lire le tome 9 ? Bouhhh...
Hein ? Quoi ? Je n'entends pas bien, vous pouvez parler un peu plus fort ? Comment ? Le tome 9 n'est pas encore sorti et ne paraîtra qu'en 2016 ? Ouff, me voilà soulagée... 

Enfin, non, pas vraiment, je le veux là, maintenant, tout de suite, parce que ce tome 8, il était quand même bien, vraiment bien...

J'ai eu peur en lisant le résumé. Le spectre du triangle amoureux m'est apparu et d'une petite voix diabolique, il me glissait « Anita Blake, Anita Blake », cette Anita qui a plongé de telle façon dans le triangle amoureux que c'en est devenu ridicule. Un vent de rébellion s'est même déchaîné dans mon crâne : Mercy n'est pas une saga guimauve-torride (oui, la guimauve peut être torride, croyez-moi) avec de l'amour et de la jalousie à toutes les pages ! Non, non, non ! Mercy est avant tout de l'urban fantasy, de la vraie, donc l'idée de voir débarquer l'ex-femme d'Adam, très peu pour moi. Je m'imaginais déjà scènes de jalousie à tout-va, tentatives de séduction, disputes, réconciliations sur l'oreiller... Tout ce que Mercy n'est pas et tout ce que je ne voulais pas voir. Et pour mon plus grand bonheur, tout ce que ne contient finalement pas ce tome 8.

Ce tome 8 est encore la preuve qu'il s'agit là d'une série excellente. Tous les ingrédients sont au rendez-vous : de l'action, des rebondissements, de l'humour (les talents de teinture capillaire de Mercy sont... disons qu'il vaut mieux qu'elle ne cherche pas à se reconvertir dans la coiffure!), un peu de sensualité aussi mais sans tomber dans l'excès ou la vulgarité. Un cocktail vraiment réussi pour une série addictive!

La seule chose que je pourrais légèrement regretter est que les fins se ressemblent toutes un peu. Pour ne pas spoiler je n'en dirai pas plus, mais j'aimerais bien que pour le prochain, Patricia Briggs s'éloigne de ce schéma. Mais c'est pour pinailler, parce que pour être honnête, pendant ma lecture, la fin ne m'a absolument pas dérangée. Je l'ai même beaucoup appréciée même si elle ne m'a pas surprise.

Bon, alors que je termine cette chronique, la lumière se fait dans mon esprit (cela m'arrive parfois, je vous vois venir bande de vilaines!) et une révélation émerge. Tome 9, parution en mars 2016 : j'ai quatre mois pour réveiller mon anglais !


(Ça va être dur, très dur, il est en mode hibernation dans sa grotte actuellement)

samedi 14 novembre 2015

La part de l'autre, Eric-Emmanuel Schmitt

5 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l'Ecole des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde...

Alors qu'une nouvelle tragédie vient de s'abattre sur Paris, rallongeant la liste des drames qui jalonnent l'Humanité, l'ouvrage "La part de l'autre" revêt des aspects obsédants. Qu'est-ce qui se serait passé si... Est-ce qu'un détail, un léger détail aurait pu tout changer ? 

Voilà le point de départ de la réflexion d'Eric-Emmanuel Schmitt : si Adolf avait été reçu aux Beaux-arts de Vienne, évitant ainsi les rebuffades et l’humiliation, les choses auraient-elles été différentes ?

Roman ? Biographie ? Essai philosophique sous couvert de la fiction ? Qu'il est difficile de faire entrer cet ouvrage dans une case... Mais quel bonheur d'échapper à ces fameuses cases! "La part de l'autre" est un récit déstabilisant, criant de vérité, qui conduit, au-delà du récit de ces Hitler qui évoluent en parallèle, à une véritable réflexion instrospective sur ce que nous sommes, sur notre essence, sur cette part d'ombre que nous portons tous en nous.

Bon, méchant. Gentil, cruel. Généreux, égoïste. Désintéressé, égocentrique. Doué, humilié... Les chapitres concernant cet Adolph H. au talent reconnu, alternent avec l'Hitler que nous connaissons, pour plonger dans la psyché de ce personnage honni de l'Histoire. Tantôt émouvant, tantôt pathétique, parfois drôle, le récit flirte avec la vérité historique pour nous amener vers notre propre vérité.

L'Histoire a crée ses monstres, mais qu'en est-il de notre propre part d'ombre ?

Même si l'on s'en défend, nous hébergeons tous en nous cet être de noirceur tapi, assoupi, qui n'attend qu'un déclencheur pour s'éveiller, s'étirer et peut-être, absorber cette lumière qui nous guide. Et tout aurait pu être différent, tout peut être différent.

Dans le cas d'Hitler, ma grand-mère n'aurait pas connu l'humiliation réservée aux femmes qui ont aimé un allemand, elle l'aurait rencontré lors de vacances entre amis dans le centre de la France, ils se seraient aimés, lui l'aviateur, elle la jeune femme qui se sacrifiait pour son père. Mon père aurait été le fruit de l'amour, le vrai, et non celui de la honte qui a suivi ses pas jusque dans sa tombe.

L'Humanité n'aurait pas subi l'un de ses génocides les plus atroces, on n'aurait pas eu de choix à faire, de camp à choisir, on aurait pas eu à survivre, le quotidien aurait été suffisant. On n'aurait pas appris à pleurer nos morts, à tenter de soigner le traumatisme de notre âme. Je ne suis pas naïve, la vie n'aurait pas été un océan de bonheur, mais on n'aurait pas connu cette horreur qui fait encore verser des larmes de peine mais aussi de haine.

Si j'avais rédigé cette chronique hier, j'aurais mis en avant la virtuosité de la plume d'Eric-Emmanuel Schmitt tout en déplorant quelques longueurs. J'aurais dit que j'avais apprécié cette lecture, qu'elle m'avait parfois arraché des sourires, et que j'avais trouvé Adolf Hitler pathétique parfois, que c'était même amusant finalement de se moquer de lui.

Aujourd'hui, je frisonne devant la pertinence de cette réflexion. Comme d'habitude, les mots d'Eric-Emmanuel Schmitt sont justes et s'imbriquent parfaitement dans la dualité qui nous définit.

La part de l'autre est en chacun d'entre nous... Cet autre, lové dans un petit coin de notre être, qui peut tout faire basculer...