dimanche 21 juin 2015

Jules, Didier Van Cauwelaert

Zibal est un petit génie. Ses inventions auraient d'ailleurs pu lui rapporter des millions mais tout le monde n'est pas doué pour le bonheur et Zibal, malgré ses diplômes, se retrouve à 42 ans vendeur de macarons à l'aéroport d Orly.
Un jour, devant son stand, apparaît Alice, une jeune et belle aveugle qui s'apprête avec son labrador Jules à prendre l'avion pour Nice où elle doit subir une opération pour recouvrer la vue. L'intervention est un succès mais, pour Jules, affecté à un autre aveugle, c'est une catastrophe. Jules fugue, retrouve Zibal et, en moins de vingt-quatre heures, devient son pire cauchemar : il lui fait perdre son emploi, son logement, ses repères. Compagnons de misère, ils n'ont plus qu'une seule obsession : retrouver Alice.

Dire que l'on a tous une place à tenir dans l'univers, un rôle à jouer pourrait sembler un peu pompeux. Mais c'est tellement vrai. Parfois, on erre comme des âmes en peine à la recherche de ce qui donnera un sens à notre vie. Parfois, ce sens nous est imposé.

Jules a été programmé pour tenir son rôle : il sera guide d'aveugle. Le meilleur. Celui qui repousse le handicap. Alice sera sa protégée.

Alice mène sa vie comme elle le peut. Son handicap la hante depuis ses dix-sept ans. Ses dix-sept ans qui ont marqué et conditionné sa vie à jamais. Ses dix-sept ans qui ont fait d'elle ce qu'elle est. Elle vit sa vie en clair-obscur. La lumière lui est refusée, elle décide de se l'inventer, de recréer les couleurs, de vivre comme cela, derrière sa forteresse avec ce qu'elle a reconstruit autour d'elle. Jusqu'à l'opération. Celle qui lui rendra la lumière. Celle qui lui permettra de voir au-delà du voile de son imagination.

Mais le destin est facétieux, il aime se jouer des gens, surtout de ceux qui se cherchent. Zibal a une intelligence hors du commun, il s'intéresse à des choses extraordinaires, mais il survit en tenant un stand de macarons à l'aéroport d'Orly. Un job alimentaire, trouvé par sa voisine prostituée, mais qui lui suffit. Il peut se consacrer à ses recherches sans trop avoir à se soucier du lendemain. Il pense avoir trouvé une direction pour sa vie, le rôle qu'il doit jouer. Mais c'était sans compter sur Jules...

Une rencontre, et M. Macaron va hanter les pensées d'Alice... et de Jules. Une rencontre et tout est remis en question. Tout est à refaire, il faut de nouveau ériger l'édifice de ce que nous sommes, pierre après pierre.

Alice recouvre la vue, et son monde bascule. La vie de Jules est chamboulée. A quoi sert un chien d'aveugle s'il n'a pas d'aveugle à guider ? Il faut retrouver une autre voie à suivre et Jules, malgré les coups du sort, sait parfaitement quel chemin il doit emprunter.

Un très joli roman sur la place que chacun doit occuper dans le monde, sur ce que l'on peut apporter aux autres, sur le sens de notre vie. Servi par une écriture vive et rythmée, le récit suit les aventures de Jules bien décidé à parvenir à ses fins et nous fait découvrir le monde des chiens d'aveugles (ainsi que certains pans plutôt farfelus de prime abord de la recherche scientifique).

L'on pourra trouver ce roman rocambolesque et beaucoup trop improbable. Mais il fonctionne vraiment très bien. La relation d'Alice et Fred, puis d'Alice-Fred-Zibal est surprenante, mais réellement touchante. Et Jules est Jules, incarnation par l'amour, il va être le trait d'union entre ces êtres qui se cherchent.

"Un roman qui rend heureux dit la couverture". C'est on ne peut plus vrai. Une lecture légère comme une bulle de savon, qui réconcilie avec l'humain et fait encore plus apprécier la sincérité des animaux. Avec eux pas de mensonges, pas de faux-semblants, juste la vérité. 

Nous avons tous un rôle à jouer, il ne nous reste qu'à trouver lequel...

Ps: Chez moi, pas de labrador comme Jules (je ne comprends d'ailleurs pas la couverture de ce roman...), mais un drôle de chien qui fait tous les dégâts possibles et inimaginables et qui a tendance à jouer au bowling avec nos jambes. Il n'a toujours pas compris que ce n'est pas un chihuahua, mais on l'aime quand même très fort:




mercredi 17 juin 2015

Tag « Problèmes de lecteurs »

1 : Tu as 20.000 livres dans ta PAL. Comment décides-tu de ta prochaine lecture ?

Je fonctionne, comme beaucoup de lecteurs, muée par l'envie du moment. Quand je suis sur le point d'achever une lecture, mon esprit se porte déjà vers la suivante. Je farfouille, je touche les couvertures, je lis le premier paragraphe. De quoi ai-je envie ? De sérieux ? De romance ? D'Histoire ? De Fantasy ? Je sélectionne souvent trois ou quatre ouvrages que j'empile sur ma table de nuit. Je reviens les voir régulièrement dans la journée, comme ça, pendant trente secondes (oui, vous avez le droit de dire que je suis légèrement atteinte) et le soir venu, je sais lequel je vais lire.

2 : Tu as lu la moitié d'un livre et tu ne l'aimes pas. Tu abandonnes ou tu continues ?

Je ne suis pas génétiquement programmée pour abandonner un livre. C'est d'ailleurs un énorme problème pour moi. C'est la raison pour laquelle j'ai des livres-toilettes chez moi. 

Quand on vient dans ma maison pas du tout rénovée et dont les murs sont peuplés d'habitants qui font des drôles de bruits la nuit, et que l'on a l'insigne honneur (oui, oui, tout à fait!) de visiter les toilettes, on se rend vite compte qu'il y a des livres qui traînent dans cette petite pièce, là, à portée de main. Juste tendre le bras depuis le trône, ouvrir les doigts, et l'objet du péché est là. 

Actuellement, il y en a un qui y règne depuis plus d'un an. Parce que je n'ai pas réussi à l'abandonner et qu'il est long, très long le bougre.

Et ce pauvre petit-long-roman-qui-m'enquiquine-depuis-un-an a des rivaux. Parce qu'il y a une autre catégorie de livres-toilettes, ceux qui me poussent à fréquenter régulièrement cette salle du trône parce que je ne peux pas les lâcher et que j'ai honte d'être autant accro (à ces livres hein, pas à mes toilettes!) Donc cette deuxième catégorie passe avant la première catégorie, souvent, très souvent, et c'est un drame, croyez-moi, parce que le petit-long-roman-qui-m'enquiquine-depuis-un-an n'en finit pas de torturer mon esprit parce que je ne l'ai pas terminé...

3 : La fin de l'année approche et ton challenge Goodreads n'est pas fini. Est-ce que tu essaies de te reprendre et comment ?

Autre défaillance génétique de mon programme interne, je suis incapable de suivre un challenge. J'ai besoin de cet espace de liberté que me procure la lecture, et me fixer des challenges équivaut, pour mon esprit tordu, à me mettre les limites. Impossible. Avec un challenge, j'aurais la sensation pesante d'être orientée, pour ne pas dire obligée, et ça, c'est clairement niet...

4 : Les couvertures d'une saga/série que tu aimes ne se ressemblent pas... Comment tu gères ça ?

Je vais pester, je suis quelqu'un de très superficiel en ce qui concerne les livres, mais je passe rapidement outre. Ce n'est pas l'enveloppe qui compte finalement, mais l'intérieur.


5 : Tout le monde aime un livre que toi tu n'aimes pas. A qui en parles-tu du coup ?

Je parle très peu de mes lectures dans la vie réelle. C'est un espace très privé pour moi, très intime. J'échange peu. Il pourrait m'arriver de publier mon avis sur mon blog, même si rien n'est moins sûr. Je n'ai pas le temps de chroniquer toutes mes lectures, alors je m'attarde sur celles qui m'inspirent le plus, et souvent, ce sont celles que j'ai préférées.

Malgré tout, s'il s'agit d'une lecture que j'ai ardemment attendue (vous savez, la fan hystérique qui hurle quand la star arrive, c'est un peu moi avec certains livres...) et que je suis déçue, ma déception me poussera à rédiger une de ces fameuses chroniques, parce que j'ai une véritable relation affective avec les livres (je vous assure que je suis saine d'esprit!), et que je déteste être déçue...

6 : Tu es en train de lire dans un lieu public et tu sens que tu vas pleurer ? Qu'est-ce que tu fais ?

Il y a trois étapes dans cette situation :
  1. Les larmes montent, la gorge se noue. Gloups... Coup d’œil aux alentours, personne ne m'a encore vue. Très bien. Reposer le livre. Mais l'histoire est captivante. Y revenir après, pas possible. Je dois connaître la suite. Je m'y remets après un dernier coup d’œil aux alentours. Tant pis, je vais tenir. Les larmes ne couleront pas. Je suis forte. L'auto-contrôle, c'est moi. Je peux le faire.

  2. Eh bien, non. Je n'ai pas tenu. Au temps pour mon auto-contrôle qui clairement peut mieux faire. Les larmes commencent à couler. Et la scène est juste waouh... Encore un coup d’œil, on me regarde vraiment bizarrement. Les gens s'interrogent, je le vois dans leur regard. Qu'est-ce qui lui arrive ? C'est grave ? Non, juste un passage beaucoup trop émouvant. Je souris poliment et retourne dans mon livre. Ça ne regarde personne.

  3. Mon nez est plein. Désolée pour les détails, mais c'est l'étape assez terrible, vous savez. Surtout quand on n'a pas de mouchoir sous la main. Et là, j'aimerais beaucoup avoir été capable de m'arrêter, mais non, je ne suis pas raisonnable. Encore un coup d’œil à la ronde. On me dévisage. La sollicitude. La pauvre, elle ne va vraiment pas bien. Sourire encore plus poli de ma part. Surtout ne pas demander de mouchoir. Se glisser furtivement vers les toilettes, le livre toujours à la main, bien sûr, pour se moucher avec du papier. Et surtout, pour finir mon passage tranquillement. Ils sont pénibles les gens avec leur sollicitude.
    Et sortir de là. Et se justifier. Mes allergies, vous comprenez. C'est difficile, vraiment. Oui, c'est de famille. Mon frère a des réactions encore pire.

    Bon, ça fonctionne au printemps, parce que l'hiver, il faut trouver autre chose.

7 : La suite d'un livre que tu aimes vient de sortir mais tu as oublié pas mal de choses. Que fais-tu ? Tu relis le précédent ? Tu trouves un synopsis bien spoilant ? Tu pleures de frustration ?

Je relis toujours au moins le tome d'avant, et parcours souvent les autres aussi. Ce qui fait que ma table de nuit chancèle dangereusement sous le poids des ouvrages qui s'accumulent. C'est souvent aussi le prétexte idéal pour moi pour relire certains passages que j'avais oubliés. Ben oui, je dois me mettre dans l'ambiance, vous comprenez ! (Oserais-je avouer que je mets des post-it sur les pages de mes passages favoris pour les retrouver plus facilement? )

8 : Tu ne veux pas prêter tes livres. Comment dis-tu non gentiment si on te pose la question ?

C'est un fait, je ne prête pas mes livres. Mes livres sont sacrés. Hors de question. J'arbore un sourire poli (je suis une spécialiste du sourire poli, croyez-moi) et je décline le plus doucement du monde. « Tu sais, je suis une fétichiste des livres, (je passe déjà pour une originale avec mes livres, alors vous imaginez...) je n'arrive pas à les prêter... Mais je suis sûre qu'ils l'ont à la biblio... » Et si c'est un/ une ami(e), je le lui achète, il faut partager les bonnes choses.

9 : Tu as choisi et reposé 5 livres le mois passé. Comment gères-tu ta panne de lecture ?

Je ne connais pas de panne livresque. Je n'en ai jamais eu. Je ne sais pas si dire « ouf » d'ailleurs, ça ferait du bien à mon compte en banque et ma banquière adorerait. J'ai des phases de boulimie livresque, d'autres ou je lis un peu moins vite (surtout en période de grosse fatigue), mais j'ai toujours un ouvrage en cours.

10 : Il y a tellement de nouveaux livres que tu rêves d'acheter. Combien en achètes-tu réellement ?

Euh, joker... Vous savez bien que les Dieux nous surveillent... Ils ont des caméras partout.

(Sachez juste que si j'ai dû suivre des séances aux Livres-Addicts Anonymes, il y a une raison...)

11 : Après les avoir acheter, combien de temps restent-ils dans ta PAL avant que tu ne les lises ?


Ma PAL est une sorte de bibliothèque pour moi, ou de librairie dans laquelle je vais piocher mes prochaines lectures. J'ai un besoin irrépressible de pouvoir choisir. Un livre peut d'ailleurs rester cinq ans dans ma PAL (je tairai le nombre d'ouvrages de ma PAL, vous ne me ferez pas parler, même sous la torture), mais je finirai par le lire. Le bon moment arrivera, toujours... Il peut mettre deux semaines, deux mois, deux ans à pointer le bout de son nez, mais il sera là...

Merci au Chat du Cheshire pour ce tag! Prend le relai qui veut!  

dimanche 14 juin 2015

La muse, Sara Agnès L.

Écrivain en deuil, Jack Linden n'est plus que l'ombre de lui-même depuis que sa femme et son fils sont décédés. Seuls, dans sa maison de campagne, avec sa bouteille et son chagrin, il attend que le temps passe en compagnie de l'alcool et de la télévision. Il est donc éberlué lorsque Lily, une soi-disant assistante, débarque chez lui pour l'aider à boucler son roman. Mais qui est cette fille, surgit de nulle part, pour lui ordonner de changer de routine et d'écrire pendant qu'elle s'occupe de ranger sa vie en bordel ? Il n'en sait rien. Ce dont il est sûr, cependant, c'est qu'il n'a pas la moindre envie qu'elle s'installe chez lui, et surtout, il aurait préféré que son corps reste endormi devant cette jolie fille. N'est-il pas censé être en deuil ? Pourtant, Lily répond présente à tous ses besoins : elle le nourrit, le lave, lui coupe les cheveux... et s'agenouille pour lui faire une fellation lorsqu'il en émet l'ordre, éméché par l'alcool. Qui est donc cette femme ? Une assistante ? Une prostituée ? Est-il devenu fou ? Car dès que tout se termine, Lily agit comme si rien ne s'était produit. Au fil des jours, Jack retrouvera l'envie d'écrire... et de vivre. Mais jusqu'où Lily sera-t-elle prête à aller pour le satisfaire ? Et pourquoi refuse-t-elle de lui dévoiler quoi que ce soit à son propos ?

La perte d'un être cher est un moment dramatique d'une vie. C'est encore pire lorsque l'on perd sa femme et son enfant.

Jack est un écrivain à succès quand tout bascule. Un accident de voiture le prive des personnes qu'il aime le plus. Il sombre. Lente descente aux enfers qui le conduit vers un repli sur soi total. La vie n'a plus de sens pour lui, l'alcool ponctue ses journées, rythme fourbe qui lui permet d'échapper à la réalité. Jusqu'à ce qu'une femme étrange entre dans sa vie. Lily.

L'idée de départ est intéressante -Comment retrouver goût à la vie quand tout s'est écroulé autour de nous ? Comment se reconstruire ?- et le personnage de Jack porte littéralement l'histoire sur ses épaules. On n'évite pas les clichés de ce type de héros, l'écrivain accro à la bouteille, qui ressemble à un yéti, mais cela n'a pas d'importance : la plume de l'auteure le met vraiment en valeur. On comprend ses errances, ses interrogations, ses doutes et j'ai même ressenti une certaine empathie pour lui. Il tombe sous le charme de Lily, mais sans pour autant oublier ceux qu'il a aimés. L'attraction est là, mais le cœur résiste, la culpabilité pointe le bout de son nez. C'est un personnage complexe, et la narration à la première personne le sert complètement. Pour une fois, c'est un homme que l'on suit, et sans tomber dans les écueils du genre.

Le personnage de Lily m'a, par contre, laissée plus insensible. J'ai eu beaucoup de mal à la comprendre. Sa beauté froide et son attitude soumise m'ont parfois exaspérée. Cette dernière a un sens, et trouve d'ailleurs une explication parfaite, mais je suis restée hermétique à ce personnage.

Le sexe est omniprésent, il est assumé : grâce à lui vont se rencontrer ces deux personnes, ils vont dire grâce à lui ce que les mots ne réussissent pas à exprimer. Il est un outil de communication, et n'est pas entaché par une vulgarité excessive qui aurait nui au récit.

C'est une lecture très paradoxale pour moi en fait. Dès le début, le personnage de Lily a été un obstacle, mais la trame tissée par l'auteure m'a poussée à faire défiler les pages pour en savoir plus sur elle malgré tout. J'avais beaucoup d'interrogations, d'hypothèses (certaines plus fantaisistes les unes que les autres d'ailleurs), et Sara Agnès L. est parvenue à me tenir en haleine tout au long de son récit. Les adeptes du genre devraient passer un très agréable moment avec ce roman.


Merci à Lucie Masse et aux Editions Hugo Roman (collection Blanche) pour cette lecture !

mercredi 10 juin 2015

Kinderzimmer, Valentine Goby

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l'Histoire n'a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l'ignorance dans nos trajectoires individuelles.

En refermant ce roman, je me suis rendu compte qu'un sentiment inhabituel m'avait envahie. Mal à l'aise. Je me sentais très mal à l'aise. L'avais-je aimé ? Je n'avais pas pu le reposer. Les pages m'avaient absorbée, elles avaient défilé tellement vite que la dernière page arrivée, j'étais déstabilisée. Déjà ? Mais l'ai-je aimé ? Je suis incapable de répondre à cette question. Parce que j'ai le sentiment que dire que je l'ai aimé va à l'encontre de cette histoire. Comment peux-ton aimer le malheur humain ? La déchéance ? Comment peut-on aimer Ravensbrück ?

Suzanne, dite Mila, est arrêtée en 1944 avec tout son réseau de résistance et est envoyée au camp de Ravensbrück. Elle n'est pas seule. En plus de ses compagnes d'infortune, elle porte en elle l'impossible dans un camp. Un enfant.

La lente descente aux enfers, l'incompréhension, cette langue qui nous échappe et qui ponctue le récit, la faim, la saleté, la maladie, la mort qui se rapproche, inexorable, celle qui nous guette tous, prête à fondre sur nous comme un vautour sur sa proie.

Les coups, l’humiliation, l'épuisement, le désespoir... Mila veut survivre, ultime réflexe de vie. Les femmes veulent survivre : la libération est proche. Les rumeurs courent dans le camp. Bientôt, dans pas longtemps, il faut tenir.

Et au milieu de tout cela, la Kinderzimmer, cette nurserie qui accueille des enfants qui deviennent bien trop tôt des vieillards. Cette nurserie appel à la vie, mais ode à la mort. Cette nurserie qui donne une raison de se battre, pour eux, pour ces nouveaux nés, pour James, le fils de Mila. Cette nurserie qui donne un sens à leur vie.

Au camp, l'espoir ne tient qu'à d'infimes choses : les repas, la musique, la neige, les rencontres qui vous aident à tenir, la solidarité entre prisonnières. 

En lisant les premières pages, les difficultés de Mila à comprendre cette langue, à apprendre les codes du camp, j'ai été ébranlée. Le présent de narration avait un côté dérangeant. Point de distance entre le récit et mon présent. Point de distance entre les personnages et moi. Le récit de Mila devenait mon présent. Il devenait mien. J'ai tremblé devant l'inhumanité des gardiennes qui préféraient nourrir les rats que les nouveaux nés, devant les sévices que devaient endurer les prisonnières, et comme toutes ces femmes, je me suis raccrochée à la vie. À Mila d'abord, puis à son petit James. L'âcreté de l’écriture m'a happée, m'a transportée, et m'a poussée à faire défiler les pages sans pouvoir m'arrêter. L'intimité de ce présent m'a donné honte, j'étais presque devenue une voyeuse en observant cette mère qui n'a plus de lait et qui presse son sein sec. Je ne me reconnaissais pas. Comme elles ne se reconnaissaient plus. 

Ai-je aimé ce roman ? Je ne sais toujours pas. Mais une chose est sûre, il a laissé une empreinte indélébile en moi. Pour moi un roman magistral.


samedi 6 juin 2015

Wild Seasons, Saison 2 Dirty rowdy thing, Christina Lauren

" Coucher avec son ex, c'est ennuyeux, à moins de tomber amoureux pour de bon. " Contrairement à ses meilleures amies, Mia et Lola, Harlow Vega est connue pour flirter en permanence. En un week-end à Las Vegas, elle a le temps d'épouser un robuste pêcheur canadien au charme ravageur, Finn Roberts, et d'éprouver ses dons particuliers à l'horizontale –; ses mains musclées, ses lèvres, son corps tout entier... Bref, Finn est l'homme idéal. À un détail près : tout était facile, torride et excitant jusqu'à ce qu'il retourne travailler dans son lointain Canada. Harlow n'est pas prête pour une relation suivie mais leurs retrouvailles pleines de tension sexuelle leur permettent à tous les deux d'échapper à la réalité. Ni l'un ni l'autre ne sait comment gérer cela. Une nuit ensemble, puis une autre, et le mystérieux voyage d'affaires de Finn se prolonge pendant des semaines. Ils sont d'accord sur un point : aucune limites au lit, mais très rapidement, leur plan-cul commence à ressembler à une vraie relation. Et pour deux accros du contrôle, le dernier plongeon est le plus difficile.

Tout oppose Finn et Harlow : il est canadien et pêcheur de surcroît, elle est la fille d'un couple très connu du monde du cinéma, il aime la nature et travailler de ses bras (qu'il a d'ailleurs fort développés, que voulez-vous, certains petits détails ont leur importance!), elle aime prendre son café au Starbucks le matin et retrouver ses amies le jeudi soir. Seul point commun : un mariage, le leur, à Végas, et une folle nuit de … (chastes oreilles, rassurez-vous, je sais me tenir!). Pas vraiment encourageant tout cela. Un bref séjour au Canada de la belle Harlow (bien légèrement vêtue vu les rigueurs du climat, si vous voulez mon avis), et une annulation de mariage plus tard, voilà qu'ils se retrouvent, par hasard, ou presque.
C'est qu'ils ont un autre point commun non négligeable : leurs amis. Mia, l'une des meilleures amies d'Harlow, est mariée à Ansel, son beau français du tome 1 (un français, un canadien, un australien, on voit du pays avec cette série!) et Finn est l'un des meilleurs amis de Ansel (ça va, vous suivez?). CQFD, ils avaient tout pour se rencontrer de nouveau.
Ce tome est sucré et acidulé à souhait, porté par l'humour de Harlow et les conflits intérieurs de Finn. Les deux personnages principaux sont attachants, et résolvent leurs problèmes sans les éternels débats pseudo-philosophiques que l'on retrouve habituellement dans la romance. Des obstacles se dressent sur leur chemin, et ils les franchissent un par un, comme ils peuvent. Ces difficultés très crédibles, et qui ne tombent pas dans un pathos exacerbé, donnent d'ailleurs une tonalité plus grave à l'ensemble. La vie n'est pas un long fleuve tranquille, la fuite est parfois l'échappatoire, mais on ne peut fuir éternellement.
Evidement, ce tome est pimenté mais la langue, parfois plus crue que dans le tome 1 (Finn n'est pas Ansel...), ne tombe pas dans une vulgarité à outrance qui m'aurait détournée de l'histoire. Le sexe est une composante du récit, il est le déclencheur, ce qui va permettre de faire face, mais il n'est pas le récit.
Et Finn a un petit truc en plus : il maîtrise l'art des cordes, et une corde, quand on tombe, peut s'avérer extrêmement utile. 

Merci à Marie Decrême et aux Editions Hugo Roman pour cette lecture!