dimanche 29 novembre 2015

L'homme qui fuyait le Nobel, Patrick Tudoret

Tristan Talberg, écrivain reconnu, se voit décerner le prix Nobel. Mais… il n’en veut pas. Misanthrope, en deuil d’une épouse aimée, il est pris de panique devant le vacarme médiatique provoqué par le prix et décide de s’enfuir de Paris. Réfugié chez des amis, traqué par la police qui pense à un enlèvement et par une meute de journalistes en quête d’un scoop, il doit encore fuir vers des horizons dont il ignore tout. Sur la route de Compostelle, il retrouvera le goût de vivre.

Parfois, les résumés sont trompeurs. Ils nous mettent sur une piste finalement bien différente de ce que sera notre lecture. Je ne sais pas pourquoi, mais en lisant le résumé, je m'attendais à une comédie légère, un brin déjantée, qui m'aurait arraché force de rires et m'aurait obligée à me cacher des regards inquisiteurs envieux de partager une telle euphorie. 

J'ai eu à me cacher, mais pas à cause de mes rires. A cause de mes larmes, des larmes que je voulais garder pour moi seule tant cette lecture m'a touchée. Qu'il est difficile d'expliquer pourquoi on pleure en lisant un roman ! Un « C'est beau » semble tellement insuffisant, un « C'est triste » bien loin de la réalité, parce que L'homme qui fuyait le Nobel n'est pas un livre triste, c'est celui de l'amour, de comment vivre quand on a perdu la moitié qui occupait notre cœur, de comment on renaît porté par ce même amour. C'est un roman initiatique alors qu'on a passé l'âge des initiations. C'est le roman des livres, ces références qui nous habitent, celles que l'on tait souvent de peur de passer pour un extraterrestre perdu sur un planète inconnue, ces livres qui nous remplissent, qu'ils soient légers ou profonds, sans distinction.

« Marcher, marcher toujours. Oublier un peu ce monde, les ordures qu'il charrie, le temps d'un rire d'enfant. »

Tristan est un écrivain consacré, le Nobel vient de lui être décerné. Mais pourquoi lui ? Pourquoi lui alors qu'il n'a rien écrit depuis ce triste jour d'il y a cinq ans qui lui a enlevé son Yseult ? Pourquoi lui alors qu'il y a tant d'autres écrivains méritants ? Ces académiciens sont fous ! Il n'en veut pas de ce Nobel, et ce n'est pas un caprice de diva. Il n'en veut pas, un point c'est tout. Mais l'Académie est têtue, il le sait, et son éditeur encore plus. On va le forcer à l'accepter, contre sa volonté. On va faire de lui une star, lui qui fuit le monde et chérit l'isolement. Il ne lui reste qu'une solution, la seule et unique. Partir. D'abord retrouver ses amis et puis continuer. Jusqu'à se retrouver par hasard sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Et cette fuite en avant devient cheminement vers la renaissance, avec un constat déchirant : « L'enfer, c'est de ne plus aimer ». L'enfer, c'est d'être sans son Yseult.

Ponctuant sa narration à la troisième personne avec les lettres que Tristan écrit pour sa défunte Yseult qui est devenu son être-miroir, présente à chacun de ses pas, Patrick Tudoret nous livre un roman bouleversant qui alterne parfaitement moments graves et instants emprunts de légèreté. Tristan, à l'approche de cette Galice qui accueille Saint Jacques en son sein, « cette contrée échevelée, giflée par les vents atlantiques », apprend à se connaître et fait un bilan de sa vie au gré de ses rencontres. Il croise cette jeune femme qui l'émeut. Pas d’attirance physique non, il n'a plus l'âge et cela n'était réservé qu'à Yseult, mais un attendrissement, quelque chose qui le touche, une fragilité, une remise en question. Parce que finalement, la question n'est pas « y a-t-il une vie après la mort », mais « y a-t-il une vie AVANT la mort ? » et qu'a-t-il fait de la sienne depuis qu'Yseult n'est plus?

Inutile de dire combien j'ai apprécié ce récit aux sentences pourtant faciles mais porteuses d'une telle vérité. Cet homme et sa quête m'ont bouleversée, et j'ai aimé sentir respirer cette Galice que j'aime tant sous la plume de l'auteur.

Je terminerai cette chronique par ces mots empruntés à Tristan, il ne m'en voudra pas j'en suis sûre.

« Chez l'homme, toujours, cette fascination du gouffre, des abîmes, du mal. Oui, il est patent que le mal existe et qu'il se manifeste dans ce monde de façon obscène, mais son contrepoint est aussi à l'oeuvre : ces millions d'êtres qui, chaque jour, religieux ou laïcs, croyants ou non croyants, vouent toutes leurs forces à ouvrir les vannes de ce fleuve d'aide et d'amour qu'on appelle pompeusement le Bien. Qui en parle ? »


Merci aux Editions Grasset pour cette lecture !

mardi 24 novembre 2015

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, Eric-Emmanuel Schmitt

Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ? L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.

J'ai continué le Cycle de l'invisible d'Eric-Emmanuel Schmitt avec Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, et si les autres volumes avaient bercé mon cœur, il est malheureusement resté hermétique à celui-ci.

L'idée de départ est intéressante, touchante même. Le narrateur, un homme d'affaires français, rencontre une dame-pipi dans un grand hôtel de la province de Guangdong. Cette rencontre qui aurait pu en rester aux politesses d'usage, « Bonjour », le bruit d'une monnaie jetée dans une assiette, « Merci », « Au revoir », atteint d'autres paliers.

En effet, madame Ming n'est pas qu'une simple dame-pipi. Madame Ming est une personnalité fascinante qui peut se vanter d'avoir eu dix enfants dans une Chine pourtant sous le joug de la politique de l'enfant unique. Dix enfants ! Et tous extraordinaires ! 

Alors mensonge ? Vérité ? Folie ? Ce sera au narrateur de le découvrir.

La plume est allègre, travaillée comme toujours chez cet auteur, et le récit nous fait frôler du bout des doigts les préceptes de Confucius. Madame Ming est attachante et pousse le narrateur à voir le monde  qui l'entoure autrement, il évolue à son contact pour accéder au bonheur, mais il m'a manqué un petit quelque chose pour me faire basculer dans l'enthousiasme qui a caractérisé les autres récits du Cycle de l'invisible. Est-ce parce que je ne suis pas familière de Confucius ou parce que l'histoire aurait gagné à être développée davantage pour éviter cette sensation de survol ? Honnêtement, je ne sais pas. J'ai beaucoup apprécié le personnage de Madame Ming, me suis retrouvée dans celui du narrateur, mais la sauce n'a pas pris totalement.

Il ne me reste que Le sumo qui ne voulait pas grossir pour clore le Cycle, et malgré cette légère déception, j'ai hâte !


lundi 23 novembre 2015

Chasseuse de vampires, tomes 1, 2 et 3 Nalini Singh


Tome 1 : le sang des anges

" Je suis Elena Deveraux et j'ai beau être la meilleure chasseuse de vampires du moment, je ne suis pas sûre d'être à la hauteur de mon prochain job. Mon employeur étant le terrifiant Raphael, Archange à la beauté redoutable, je n'ai aucun droit à l'erreur... même si c'est mission impossible. Cette fois, ce n'est pas un simple vampire rebelle que j'ai à chasser. C'est un Archange déchu. Quand les Archanges jouent, les mortels cassent "

Tome 2 : Le souffle de l'Archange

" Après un an de coma, je me suis réveillée pour constater... que j'étais devenue un ange. Continuer mon job de chasseuse de vampires ? Difficile, mais pas impossible. À condition que je parvienne à faire comprendre à mon Archange préféré, Raphael, que je ne suis pas à sa botte. Enfin, si c'était mon seul problème, je m'en sortirais... mais voilà que Lijuan vient de péter les plombs. Direction Beijing, de nouveau à la poursuite d'un Archange timbré. Qui m'aime me suive ! "

Tome 3 : la compagne de l'Archange

« Après les mésaventures de Pékin et une longue convalescence, me voici enfin prête à regagner Manhattan en compagnie de mon Archange. Mais les éléments se déchaînent aux quatre coins du monde, provoquant des désastres sans précédent qui font trembler le Cadre. Si l’on en croit la légende, il semble qu’un Ancien se réveille, et croyez-moi, ça n’augure rien de bon ! »

Question du jour : quels sont les ingrédients pour avoir une bonne saga d'urban fantasy ? Attention, top chrono ! Vous avez 30 secondes pour m'en citer quatre, et celui/ celle qui aura les bonnes réponses obtiendra le titre ô combien convoité de lecteur-d'-urban-fantasy-exigeant-qui-ne-se-contentent-pas-des-trucs-faciles.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac... 





Bipppp, temps écoulé ! 


Alors ?

1- Un scénario complexe qui recrée un univers original et cohérent. Twilight, c'était sympa, mais c'était sympa parce qu'il y en avait peu dans le genre sur le marché. Une sorte de révolution, un tournant. J'ai adoré, je ne renie pas cette saga qui m'a fait glousser comme une lycéenne alors que j'avais de la fièvre et que je comatais sur le canapé (je m'en souviens encore, Doux-Chéri avait dû aller m'acheter les volumes suivants parce que je trépignais d'impatience). J'ai adoré, à l'époque, c'est-à-dire il y a longtemps. Et ce n'est pas parce que les cheveux blancs pointent le bout de leur nez sur ma chevelure de déesse (oui, j'avais envie d'écrire UNE fois dans ma vie que je suis une déesse, laissez-moi savourer ce moment d'illusions plein de gloire!) que je ne suis plus vraiment fan. C'est juste que... pas vraiment original tout cela. Et un peu trop manichéen pour moi. Du blanc, du noir, des vampires qui brillent au soleil et qui doivent donc vivre dans des zones où il pleut tout le temps. Mouais... Un peu guimauve ça. Très peu en nuances (et non, je ne parle pas des nuances de la peau de Robert Pattinson au soleil, je parle des vraies nuances!)...
Je n'ai rien de lu de semblable à l'univers recréé par Nalini Singh. Il en va de même pour Meg Corbyn d'ailleurs... Tous les soirs je fais une petite invocation pour que la traduction française du tome trois atterrisse dans ma BAL plus tôt, mais pour l'instant, c'est un échec.  Ma Bal demeure désespérément vide. Je vais devoir porter une réclamation, mes super-pouvoirs ne sont pas vraiment efficaces... 
Revenons, non pas à Edward, mais à Raphaël. New York est dominée par l'Archange Raphaël qui veille à l'équilibre de son territoire du haut de sa tour. Résumer ce monde en quelques phrases serait beaucoup trop réducteur. L'auteure a imaginé un univers dans lequel chacun a un rôle à jouer en fonction de ce qu'il est. Elle s'éloigne des sentiers battus en revisitant les mythes. Les vampires ne sont pas complètement méchants (et ils ne brillent pas au soleil!), ils ne sont pas créés comme on le croit (quelle idée de croire que les vampires sont créés par d'autres vampires, c'est très surfait...), les anges ne sont pas gentils, et les humains ne sont pas complètement idiots. Tout est beaucoup plus subtil que cela. 
Cette saga est un fidèle reflet de ce que nous sommes, avec la palette de sentiments et d'émotions qui caractérisent notre monde, et toute cette palette s’égraine dans chacun des personnages qui n'est jamais totalement gentil ou totalement méchant. Un monde de gris, comme le nôtre, qui se contruit au fil des tomes, qui tisse sa toile progressivement pour prendre vie.

2- Des personnages emblématiques et un héros sexy. Comment ça, le héros sexy devrait -être en 1) ? Non, je suis un être raisonnable qui ne se perd pas dans la futilité d'une belle plastique de mâle. Surtout s'il a des ailes d'or blanc... et un torse sublime.. et des yeux cobalt... Non, pour moi ce n'est pas du tout essentiel, je proteste vivement ! Et non, le mythe de Pinocchio n'existe pas ! Vous avez déjà vu des nez qui s'allongent vous ? N'importe quoi. Le mien est toujours de la même taille, j'ai vérifié. Je vous assure, un beau mâle n'est pas un argument pour une bonne saga (Raphael est quand même... pfiou...)!
Plus sérieusement, les personnages sont les piliers d'une bonne saga. C'est une évidence, mais une évidence souvent oubliée. Il faut un subtil équilibre entre force et fragilité, pas une héroïne warrior ou un héros trop gentil (Edward était quand même trop... parfait... et il brillait au soleil ! D'accord, je me répète, mais en écrivant cette chronique, j'ai eu envie de visionner la séquence filmique où il brille et non, this is not possible...), et surtout éviter les héros têtes à claques qui nous font lever les yeux au ciel à chaque page. Nalini Singh a su trouver ce difficile équilibre. Raphaël a la réputation d'être un être cruel, ce qu'il est, mais sa cruauté n'est jamais gratuite. Les règles sont faites pour être respectées, et les transgresser en revient à remettre en question l'équilibre du monde. Des milliers d'années de vie l'ont progressivement dépossédé de tous sentiments humains. Jusqu'à ce que le Cadre ne fasse appel aux services de la Guilde des chasseurs pour ouvrir une traque peu conventionnelle et qu'il ne rencontre Elena. Ce n'est pas le coup de foudre. On serait dans ce cas dans une romance-guimauve et cette saga est tout sauf une romance-guimauve. Raphael ne sait pas ce qu'est l'amour. Il connaît des sentiments tels que la loyauté, celle des Sept envers lui, la droiture, celle qui engage vis-à-vis de ses Sept, le désir, mais l'amour lui est étranger. Mais Elena l'intrigue. 
Elena est un personnage attachant, un sacré bout de femme qui n'a pas peur de dire ce qu'elle pense, mais qui a été brisé. Son métier l'oblige à être forte, à résister, mais elle n'est que fêlures. Elle vit par résignation. L'amour lui est tout aussi étranger qu'il ne l'est à Raphaël, mais ça ne l'empêche pas d'être profondément humaine, et sa rencontre avec Raphael va tout bouleverser. Sa vie d'abord, elle sait qu'elle marche sur une corde raide et que sa survie n'est pas assurée. Si elle échoue, elle périra, sans doute des mains de l'Archange, pour ne pas avoir respecté son contrat. Son coeur ensuite... 
Tout au long des trois tomes, leur relation progresse et l'auteur a d'ailleurs été très habile sur ce point. Elle n'est pas tombée dans l'écueil du "l'amour est facile et on s'aime tous dans le pays des bisounours" ou encore dans celui du "je dévoile tout pour satisfaire mes lectrices". Leur relation est complexe et se développe dans l'adversité. Elle devient équilibre elle aussi.

3- Des personnages secondaires sympathique et drôles. Les héros, c'est bien, mais ils ne sont rien sans leurs satellites. Et là, nous sommes servis : entre la Guilde, le Cadre et les Sept de Raphaël, difficile de faire plus variés, sans parler du Refuge ou des autres anges. Mention spéciale à Dmitri et Venin, sans oublier Illium, Sarah, Zoé, Ransom, sa bibliothécaire et ses chemisiers col claudine, Sam... La liste est longue. Chaque personnage est bien développé et fait tantôt frémir, tantôt rire aux larmes. Je serais même prête à faire un fanclub des personnages secondaires de cette saga, c'est vous dire !

4- De l'action, et pas qu'au lit. Parce que les galipettes c'est sympa, mais trop de galipettes, c'est franchement lassant. Anita Blake (Encore elle ! Décidément je radote, les cheveux blancs, que voulez-vous...) en est un bon exemple. Je n'aime pas le porno, très peu pour moi, et du porno déguisé en Urban fantasy, c'est encore pire. Pas de porno dans cette saga : de la sensualité, du désir, de l'amour, des pages qui font rougir et glousser (glousser est un bon baromètre pour une saga, plus on glousse, mieux c'est. Et j'ai beaucoup gloussé!) mais surtout, de l'action, de la vraie. Avec des épées, des couteaux qui tranchent des gorges en plein milieu de Manhattan, des armes à feu, des anges qui s'écrasent, des serpents qui répandent leur venin, des corps mutilés, de la douleur, de la sueur... Et pas dans un lit... Le rythme est intense et ne ménage que peu de répit. On tremble, on se ronge les ongles (je serai clémente et vous éviterai la photo des miens pour illustrer), on retient des cris, on a la gorge nouée, le cœur qui papillonne, les joues qui se colorent, des soupirs attendris qui s'échappent. Et pendant trois tomes...

5- La plume. La plume de l'auteur est importante. Une mauvaise écriture gâchera une histoire intéressante, mettra à vif les nerfs du lecteur à cause de tics de langue qui auraient pu être évités. Et là, rien à dire. L'écriture est riche, parfois un peu crue, mais cela s'estompe au fil des tomes (belle évolution d'ailleurs, souvent ça tombe dans le schéma inverse), travaillée.
Seul bémol, les liens entre certains passages auraient gagné à être davantage développés. Nalini Singh a parfois tendance à éluder certaines explications/ scènes, et vu la complexité du monde qu'elle dépeint, cela peut nuire à la compréhension parfois. Heureusement, les explications arrivent rapidement, mais elle n'avait pas besoin de créer ce trouble.

Allez, je relève les copies. Que celles/ceux qui sont des lecteur-d'-urban-fantasy-exigeant-qui-ne-se-contentent-pas-des-trucs-faciles lèvent la main !



samedi 21 novembre 2015

Mon traître, Sorj Chalandon

Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir…
Les rues de Belfast résonnent encore de la poudre qui explose, des pieds qui battent le pavé, de ces corps qui saignent, de ces yeux d'où tombent des cascades de larmes... Ces yeux qui pleurent cette Eire qu'imagine Antoine, cette vieille femme aux cheveux blancs et au fort caractère qui lutte pour son identité, ces yeux qui rient au son du gaélique et qui se tordent de colère devant ces anglais qui défilent, conquérants contre ce peuple opprimé.

C'était hier, au détour du calendrier. Ce conflit s'étirera pendant plus de vingt ans, jusqu'à l'aube des années 2000.

Antoine est luthier et parisien. Sa femme l'a quitté. La monotonie jalonne sa vie jusqu'à ce qu'il ne découvre une photo de James Connolly qui fut d'une des figures de la résistance irlandaise contre les anglais pendant la fin du 19e siècle. Nous sommes en 1974. Ce portrait en noir et blanc, collé dans le fond d'un étui à violon, va donner à sens à son existence beaucoup trop terne. Une conversation avec un client, une impulsion et le voilà en Irlande, à la rencontre de cette vieille femme à la chevelure blanche.

Elle est partout autour de lui, autour de ces enfants qui jouent, autour de ces enfants qu'on enterre, sur ce mur que l'on marque de graffitis, dans sourire de Cathy et Jim O'Leary qui l’accueillent les bras ouverts, lui le luthier de Paris.

Et c'est en Irlande que le luthier devient homme. « Fils ». Ces mots s'impriment dans son cœur. « Regarde comment on fait ». Et dans les urinoirs d'un bar irlandais, Antoine devient Tony. Antoine est frappé à l'âme par Tyrone Meehan, ce leader irlandais emblématique et charismatique, incarnation vivante de la cause, et qui lui apprendra à uriner comme un homme. La vie est faite de petits moments insignifiants mais déterminants et celui-ci en est un. Une histoire d'hommes. La naissance d'une amitié.

Antoine-Tony rentre à Paris profondément bouleversé. L'Irlande lui a offert ce qui lui manquait, l'amour familial de ceux qui pleurent les leurs mais gardent le menton levé et ne baissent pas les yeux, l'amour d'une terre qui vous reçoit les bras ouverts et vous donne tout ce qu'elle a, même si elle n'a rien.

Le jeune homme se construit sous nos yeux, bouton fragile qui éclot peu à peu pour devenir un homme engagé dans une cause.

Mais le monde n'est jamais ni noir ni blanc. Il est fait de multiples nuances de gris. Et c'est ainsi que Tyrone, le Tyrone pilier du combat est en réalité un traître qui fournit des renseignements à l'Angleterre depuis près de 20 ans. Mais où s'arrête sa traîtrise ? Est-il seulement le traître de l'IRA ou est-il aussi le traître d'Antoine? Les valeurs humaines qu'il lui a transmises, noble héritage de cette vaillante Irlande, sont-elles réelles ou n'étaient-elles finalement qu'un rideau éphémère. Qui était ce Tyrone-Denis dont il doit faire le deuil ? Leur relation était-elle sincère ?

J'avais été touchée par Profession du père du même auteur. C'est un récit auquel je pense encore beaucoup. Il en va et en sera de même pour celui-ci. Sous couvert de fiction, Sorj Chalandon mêle des touches autobiographiques, Antoine-Sorj, Tyrone-Denis Donaldson, et les mots sont d'autant plus forts.


Ce récit ne se contente pas de s'immerger dans l'histoire de l'Irlande il observe et analyse les rouages du cœur humain. Il est tellement facile de porter un jugement, de prendre position, de trancher dans le vif, alors qu'en fait, le monde n'est que dégradé, et rien n'est vraiment simple.


mercredi 18 novembre 2015

Mercy Thompson, La faille de la nuit, tome 8 Patricia Briggs

Fuyant son nouveau compagnon violent, Christy, l'ex-femme d Adam, fait un retour fracassant dans les vies d'Adam et Mercy. La cohabitation n'est pas simple. Surtout lorsque Christy décide de monter la meute contre Mercy afin de récupérer Adam. Et la situation empire lorsque son petit ami retrouve sa trace : les cadavres s'empilent et Mercy va devoir mettre ses problèmes personnels de côté pour affronter une créature bien décidée à réduire son monde en miettes !

Bouhhh, pourquoi je ne parle pas anglais ? Bouhhh, mais pourquoi je ne peux pas lire le tome 9 ? Bouhhh...
Hein ? Quoi ? Je n'entends pas bien, vous pouvez parler un peu plus fort ? Comment ? Le tome 9 n'est pas encore sorti et ne paraîtra qu'en 2016 ? Ouff, me voilà soulagée... 

Enfin, non, pas vraiment, je le veux là, maintenant, tout de suite, parce que ce tome 8, il était quand même bien, vraiment bien...

J'ai eu peur en lisant le résumé. Le spectre du triangle amoureux m'est apparu et d'une petite voix diabolique, il me glissait « Anita Blake, Anita Blake », cette Anita qui a plongé de telle façon dans le triangle amoureux que c'en est devenu ridicule. Un vent de rébellion s'est même déchaîné dans mon crâne : Mercy n'est pas une saga guimauve-torride (oui, la guimauve peut être torride, croyez-moi) avec de l'amour et de la jalousie à toutes les pages ! Non, non, non ! Mercy est avant tout de l'urban fantasy, de la vraie, donc l'idée de voir débarquer l'ex-femme d'Adam, très peu pour moi. Je m'imaginais déjà scènes de jalousie à tout-va, tentatives de séduction, disputes, réconciliations sur l'oreiller... Tout ce que Mercy n'est pas et tout ce que je ne voulais pas voir. Et pour mon plus grand bonheur, tout ce que ne contient finalement pas ce tome 8.

Ce tome 8 est encore la preuve qu'il s'agit là d'une série excellente. Tous les ingrédients sont au rendez-vous : de l'action, des rebondissements, de l'humour (les talents de teinture capillaire de Mercy sont... disons qu'il vaut mieux qu'elle ne cherche pas à se reconvertir dans la coiffure!), un peu de sensualité aussi mais sans tomber dans l'excès ou la vulgarité. Un cocktail vraiment réussi pour une série addictive!

La seule chose que je pourrais légèrement regretter est que les fins se ressemblent toutes un peu. Pour ne pas spoiler je n'en dirai pas plus, mais j'aimerais bien que pour le prochain, Patricia Briggs s'éloigne de ce schéma. Mais c'est pour pinailler, parce que pour être honnête, pendant ma lecture, la fin ne m'a absolument pas dérangée. Je l'ai même beaucoup appréciée même si elle ne m'a pas surprise.

Bon, alors que je termine cette chronique, la lumière se fait dans mon esprit (cela m'arrive parfois, je vous vois venir bande de vilaines!) et une révélation émerge. Tome 9, parution en mars 2016 : j'ai quatre mois pour réveiller mon anglais !


(Ça va être dur, très dur, il est en mode hibernation dans sa grotte actuellement)

samedi 14 novembre 2015

La part de l'autre, Eric-Emmanuel Schmitt

5 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l'Ecole des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde...

Alors qu'une nouvelle tragédie vient de s'abattre sur Paris, rallongeant la liste des drames qui jalonnent l'Humanité, l'ouvrage "La part de l'autre" revêt des aspects obsédants. Qu'est-ce qui se serait passé si... Est-ce qu'un détail, un léger détail aurait pu tout changer ? 

Voilà le point de départ de la réflexion d'Eric-Emmanuel Schmitt : si Adolf avait été reçu aux Beaux-arts de Vienne, évitant ainsi les rebuffades et l’humiliation, les choses auraient-elles été différentes ?

Roman ? Biographie ? Essai philosophique sous couvert de la fiction ? Qu'il est difficile de faire entrer cet ouvrage dans une case... Mais quel bonheur d'échapper à ces fameuses cases! "La part de l'autre" est un récit déstabilisant, criant de vérité, qui conduit, au-delà du récit de ces Hitler qui évoluent en parallèle, à une véritable réflexion instrospective sur ce que nous sommes, sur notre essence, sur cette part d'ombre que nous portons tous en nous.

Bon, méchant. Gentil, cruel. Généreux, égoïste. Désintéressé, égocentrique. Doué, humilié... Les chapitres concernant cet Adolph H. au talent reconnu, alternent avec l'Hitler que nous connaissons, pour plonger dans la psyché de ce personnage honni de l'Histoire. Tantôt émouvant, tantôt pathétique, parfois drôle, le récit flirte avec la vérité historique pour nous amener vers notre propre vérité.

L'Histoire a crée ses monstres, mais qu'en est-il de notre propre part d'ombre ?

Même si l'on s'en défend, nous hébergeons tous en nous cet être de noirceur tapi, assoupi, qui n'attend qu'un déclencheur pour s'éveiller, s'étirer et peut-être, absorber cette lumière qui nous guide. Et tout aurait pu être différent, tout peut être différent.

Dans le cas d'Hitler, ma grand-mère n'aurait pas connu l'humiliation réservée aux femmes qui ont aimé un allemand, elle l'aurait rencontré lors de vacances entre amis dans le centre de la France, ils se seraient aimés, lui l'aviateur, elle la jeune femme qui se sacrifiait pour son père. Mon père aurait été le fruit de l'amour, le vrai, et non celui de la honte qui a suivi ses pas jusque dans sa tombe.

L'Humanité n'aurait pas subi l'un de ses génocides les plus atroces, on n'aurait pas eu de choix à faire, de camp à choisir, on aurait pas eu à survivre, le quotidien aurait été suffisant. On n'aurait pas appris à pleurer nos morts, à tenter de soigner le traumatisme de notre âme. Je ne suis pas naïve, la vie n'aurait pas été un océan de bonheur, mais on n'aurait pas connu cette horreur qui fait encore verser des larmes de peine mais aussi de haine.

Si j'avais rédigé cette chronique hier, j'aurais mis en avant la virtuosité de la plume d'Eric-Emmanuel Schmitt tout en déplorant quelques longueurs. J'aurais dit que j'avais apprécié cette lecture, qu'elle m'avait parfois arraché des sourires, et que j'avais trouvé Adolf Hitler pathétique parfois, que c'était même amusant finalement de se moquer de lui.

Aujourd'hui, je frisonne devant la pertinence de cette réflexion. Comme d'habitude, les mots d'Eric-Emmanuel Schmitt sont justes et s'imbriquent parfaitement dans la dualité qui nous définit.

La part de l'autre est en chacun d'entre nous... Cet autre, lové dans un petit coin de notre être, qui peut tout faire basculer...



dimanche 8 novembre 2015

U4 : Stéphane Vincent Villeminot

Stéphane vit à Lyon avec son père, un éminent épidémiologiste. Si des adultes ont survécu, son père en fait partie, elle en est convaincue. Alors elle refuse de rejoindre le R-Point, ce lieu où des ados commencent à s'organiser pour survivre. Elle préfère attendre seule, chez elle, que son père vienne la chercher. Et s'il ne le fait pas ? Et si les pillards qui contrôlent déjà le quartier débarquent avant lui ? Tout espoir s'écroulera, à l'exception d'un seul : un rendez-vous fixé à Paris...

J'ai continué l'aventure U4 avec le tome consacré à Stéphane, et le bilan est on ne peut plus positif. J'aime décidément beaucoup cette aventure à quatre plumes.

J'avais apprécié le tome qui tournait autour du antihéros Jules, avec malgré tout quelques bémols, notamment à cause de la fin et de certaines questions qui demeuraient sans réponses, et clairement, j'ai préféré celui qui s'attarde sur Stéphane. C'est d'ailleurs assez étrange, dans le tome de Jules, le personnage de Stéphane était celui qui m'avait le moins plu. Elle semblait tellement... inhumaine. Je comprenais bien sûr, les circonstances avaient dû la modeler, mais je comprenais sans comprendre.

Ce tome-ci montre l'évolution de Stéphane, comment de petite fille au prénom mixte, qui voue une admiration sans bornes à son père, elle devient Stéphane la terroriste, celle qui utilise sans états d'âme une arme à feu, et je me suis attachée à ce personnage dur, en apparence forgé dans le marbre, mais qui en fait est aussi fragile qu'un papillon.

Stéphane a grandi auprès d'une famille aimante, qui s'est pourtant séparée, parce que ces choses-là arrivent. Sa mère est partie vivre en Bretagne avec son petit frère et son nouveau mari et Stéphane vit à Lyon avec son père. Elle est brillante en sciences, elle n'est pas la fille de son père pour rien, et a une légère propension à la violence. Une adolescente comme les autres en somme.

Quand le virus U4 éclate, elle se retrouve seule. Mais sa solitude est différente de celle des autres survivants, elle vient d'un abandon, celui de son père, qui lui a promis de revenir mais dont l'absence se fait chaque jour plus pesante. Et lui, contrairement aux autres parents, il pourrait le faire, il pourrait revenir : il est encore en vie dans le cocon où il travaille pour le gouvernement.

Stéphane doit donc grandir et vite. L'attente, le désespoir, l'espoir, toujours l'attente, puis l'action... D'abord au service des autres, pour la communauté. Elle peut être utile, son père lui a appris certains soins. Mais avec la communauté arrive le vivre-ensemble, les jalousies, les règles, parfois absurdes... Les interrogations aussi : doit-on accueillir de nouveaux survivants ? Que faire avec eux ? Ont-ils les mêmes droits que nous qui étions là les premiers ? Avec les règles arrivent les incidents, la transgression, la rébellion mais toujours la survie... Sa route croise celle d'autres adolescents qui eux aussi ont dû grandir très vite, trop vite parfois. Etre un homme n'est pas donné à tout le monde, surtout quand on n'a que 15 ou 16 ans. L'amitié, les premiers émois amoureux, la mort... Le monde va tellement vite qu'elle doit assimiler tout cela en une poignée de secondes, devenir adulte alors qu'elle n'est qu'une adolescente et qu'elle n'a pas l'expérience du monde.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce tome, je ne connaissais pas la plume de Vincent Villeminot mais je suis convaincue. L'auteur a insufflé au récit une sensation de mouvement qui correspond parfaitement à ce que vit Stéphane, tout en s'attardant avec une émotion pleine de retenue sur ce qu'elle ressent, sur ce qui la hante. 

Comme je l'espérais, les réponses arrivent, les pièces du puzzle s'imbriquent parfaitement. Et maintenant, j'ai très envie de découvrir le personnage de Yannis...

lundi 2 novembre 2015

Ugly Love, Colleen Hoover

Quand Tate Collins rencontre Miles Archer, elle sait que ce n'est pas le coup de foudre. Et pour cause, le beau pilote n'a de temps que pour les aventures sans lendemain. Ils ne peuvent pourtant pas nier leur attraction mutuelle, aussi immédiate que brûlante. Alors pourquoi ne pas se laisser séduire, quand le sexe est si bon ? Pas d'attaches, simplement la passion... Leur arrangement semble parfait, tant que Tate accepte de respecter les deux règles de Miles : Pas de question sur le passé, Ne pas espérer de futur. Cependant, ils vont vite comprendre que le coeur ne suit pas d'autres règles que les siennes. L'amour, même quand il n'est pas une évidence, sera-t-il plus fort que leurs promesses ?

Est-ce que j'ai déjà dit que j'aimais Colleen Hoover ? Nan, parce que vraiment, j'aime Colleen Hoover. J'ai lu.... (Moment de silence, je réfléchis tout en comptant sur mes doigts, les chiffres et moi avons toujours eu une relation conflictuelle) 5 romans d'elle, et le seul pour lequel j'ai émis un bémol n'a pas été une lecture-calvaire, j'ai juste été déçue parce qu'il était un cran en dessous de ce à quoi Colleen Hoover m'avait habituée.

Donc, dans ma logique de cerveau blond, un nouveau roman de Colleen Hoover = il me le faut. Il ne faut pas chercher à comprendre, il y a des auteurs comme cela. Colleen Hoover en fait partie, Jennifer L. Armentrout aussi, mais je pourrais également parler de Carole Martinez (dont le dernier roman est dans ma PAL), de Jean Teulé (dont le dernier roman ne saurait tarder à intégrer ma PAL), de Tonino Benacquista (bon, il vient quand votre prochain roman M. Benacquista ? Je trépigne d'impatience)... Pas de points communs entre tous ces auteurs, si ce n'est la confiance aveugle que je leur porte.

Et donc me voilà, mes petits yeux sont lourds de fatigue et manquent d'ailleurs de déborder de larmes tellement être sur tous les fronts est compliqué et mon petit coeur est assailli par un cruel, un intense besoin de réconfort livresque qui devient chaque jour plus lancinant. Et Ugly Love est là, sur ma table de nuit... Je n'ai qu'à tendre le bras, bouger un peu les doigts, et il atterrira dans mon giron. Ce que j'ai fait.

Et j'ai pleuré, beaucoup pleuré, mais après, je me suis sentie mieux, beaucoup mieux. Le pouvoir de la lecture est là, vous envelopper de ses bras et vous emmener dans un autre univers pour vous caresser le coeur. Il n'y avait pas de meilleur moment pour Ugly Love...

Colleen Hoover nous sert un roman dans la veine de Hopeless. Il est dramatique de tragédies, tragique de destructions, mais tellement beau de reconstructions.

Cela démarre comme une histoire banale, Tate, une jeune femme emménage chez son frère qui, évidemment, a des amis qui sont aussi ses voisins de palier, super beaux, super gentils et avec des boulots super géniaux (ahh, le fantasme du pilote de ligne). Bref, tout est « Super » ! Ce qui pourrait commencer comme un mauvais roman à l'eau de rose, revêt, sous la plume de Colleen Hoover, une puissance à couper le souffle.

Tate est la bouffée d'air frais de ce récit, la jeune femme qui s'assume, qui vit pleinement son désir et ses envies. Miles est le plomb qui nous met la tête sous l'eau. 

Le présent de narration, que je fuis généralement comme la peste, acquiert ici toute son importance. L'alternance de chapitres dans le présent avec ceux qui se sont déroulés six ans avant nous permet d'éviter de cataloguer Miles chez « Les beaux salauds & co » et, finalement, de le voir avec les yeux de Tate. C'est un homme détruit que nous découvrons, un homme qui a goûté au vrai bonheur et qui a tout perdu.
Les pages défilent Tate s'attache à Mile, Miles s'attache à Tate, mais il refuse de l'accepter. Aimer ne fait pas partie de son programme. Les pages défilent, son passé semble heureux, mais l'on sent que quelque chose se profile, et c'est terrifiant de penser que le bonheur pour lequel il s'est battu six ans auparavant, va voler en éclats à un moment ou à un autre. Parce qu'il ne peut que voler en éclats... On ne peut pas avoir autant peur d'aimer sans bonne raison... 

La construction intelligente de la narration m'a complètement faite prisonnière du récit. C'est un recours banal que d'osciller entre passé et présent, mais les deux se confondent d'une façon diablement efficace. Tout est prévisible, mais tout est imprévisible.

Que j'ai aimé ce roman... Que j'ai aimé la galerie de personnages (mention spéciale pour le Capitaine)... Que j'aime la plume de l'auteure. Elle a des accents de modernité que peu d'auteurs possèdent. Trois mots suffisent pour traduite l'intensité d'une émotion, et ce livre en est rempli. J'avais peur que Miles ne soit un Christian Grey en puissance, mais pas du tout. Miles est Miles. Comme dirait Tate, Miles est un tout. Et c'est un joli « tout »...


Et dire qu'il va falloir attendre pour le prochain... 

D'autres romans de Colleen Hoover:

dimanche 1 novembre 2015

Tag- Blogger Recognition Award (Et en plus, le titre est en anglais! Ça y est, je suis perdue! Ô rage, ô désespoir!)


Comme je l'ai déjà dit dans un article précédent, je suis aussi innocente que l'agneau qui vient de naître en ce qui concerne mes lectures. Je ne suis qu'une pauvre victime des viles tentations de mes copines. 

Pour schématiser, moi je suis:


Et elles:


Représentatif non? Quand je vous dis que je ne suis qu'une victime...

(Bon d'accord, le grand méchant loup c'est aussi:

Ahhhh... Mais je m'égare....Revenons à nos moutons... euh à nos loups... euh, à ce que j'étais en train de dire...)

Parce que, parlons-en des copines, elles vous narguent avec des lectures alors que clairement votre porte-feuille réclame à hauts cris un régime drastique, elles font des fautes de goût qui requièrent toute votre patience et votre tolérance (Nan, parce que préférer Mathew à Colin, ce n'est vraiment, vraiment pas possible), et elles vous nominent à des tags qui vous font ressembler à un lapin aux yeux rouges parce qu'elles vous ont fait pleurer. Mais que voulez-vous, c'est la définition même des copines.

J'aime bien le principe des tags, sauf que je manque de temps (comment ça je le répète tout le temps ? La course contre les heures qui défilent est dans doute le drame de ma vie... et de mon dos qui, en ce moment, n'arrête pas de geindre!).

[Message personnel : Le Chat du Cheshire, à ce sujet, je n'oublie pas que j'ai un tag de retard!]

Quand Roanne-la-vilaine-tentratrice-qui-en-plus-écrit-des-trucs-vraiment-sympas-mais-chut-il-ne-faut-pas-le-dire-à-cause-des-Dieux m'a nominée, je me suis dit que je devais faire un effort et m'y atteler, parce que cela me permet de parler les blogs que j'aime bien...

Rappelons les règles, parce qu'il y a toujours des règles lorsque l'on fait un tag :

  1. Remercier la personne qui vous a nominée : Roanne, je te l'ai déjà dit, que tu aies pensé à moi m'a énormément touchée, même si tu es une-vilaine-tentatrice-qui-en-plus-écrit-des-trucs-vraiment-sympas !
  2. Ecrire un post contenant une brève histoire de votre blog ainsi que des conseils que vous pourriez donner sur la tenue d'un blog.
  3. Mettre en avant 15 blogs que l'on apprécie (15 ça fait beaucoup!, je ne suis pas sûre d'y arriver ! Ce n'est pas qu'il n'y ait pas 15 blogs que j'apprécie, mais plus que je n'ai pas le temps de me rendre sur 15 blogs régulièrement)
  4. Commenter chacun des 15 blogs sélectionnés pour les prévenir, avec un lien vers l'article consacré à leur nomination
  5. Laisser un lien vers le post original de Edge of Night.

Le 1) étant fait, abordons le 2)

En réalité, je dois l'origine de ce blog à Doux-Chéri. L'envie était là, elle me titillait, non pas pour parler de moi ou de mes lectures, mais pour écrire, pour débloquer quelque chose qui bouillonnait dans mes tripes. A cette époque, en 2013 donc, je me relevais de choses pas très gaies de ma vie, la disparition brutale de mes parents qui m'avait fait prendre conscience qu'au-delà du simple cliché de la vie éphémère, il est important de faire ce que l'on veut de cette vie. Et moi, je vivais avec des interdits, notamment celui de l'écriture.

J'avais sans cesse peur du jugement des autres, de ne pas être à la hauteur, et surtout, je cohabitais parfois difficilement avec les histoires qui peuplaient (et peuplent encore) mon cerveau et qui, souvent, me font parler toute seule pendant que je conduis ou que je marche dans la rue. Je vous laisse d'ailleurs imaginer la tête des gens...

L'écriture me taraudait, mais je n'osais pas. Enfin si, pour être honnête, je m'y étais essayée quand mon père était malade. Une obscure histoire de fantasy pas très originale et dont la fin n'arrivera sans doute jamais. Là n'est pas l'essentiel. L'essentiel étant qu'écrire cette histoire m'avait fait du bien. Mais voilà, le poids de l'éducation, le manque de confiance, une timidité maladive aussi, érigeaient autant de barrières pour me lancer dans cet exercice. Car c'est ainsi que je perçois mon blog sous certains aspects, comme une sorte de déclencheur et d'exercice d'écriture. Et c'est d'ailleurs un des points que je déplore en ce moment, le manque de temps pour peaufiner encore davantage mes chroniques.

Et puis, cet apprentissage d'écriture, cet exercice, m'a amenée à découvrir une facette que je n'avais pas forcément envisagée, ma timidité faisant barrage : j'y ai rencontré des personnes que j'apprécie beaucoup, des gens qui, par leur passion de la littérature redonnent des lettres de noblesses à des genres souvent décriés, qui vous transmettent l'envie de découvrir des romans que vous auriez, sinon snobés, tout du moins ignorés, et surtout, j'y ai découvert de bien belles personnes. Alors, l'exercice d'écriture qui était solitaire est devenu communication, l'envie d'aller vers les autres, de partager des passions, entraînant logiquement la frustration de ne pas pouvoir visiter les blogs plus d'une fois par semaine...


En ce qui concerne les conseils, que dire ? D’abord, soignez l'orthographe. Il n'y a rien de plus pénible pour moi que de lire un post bourré de fautes. On a le droit aux coquilles bien sûr, mais si toute la chronique est atteinte de ce mal, je ne suis pas sûre de revenir sur le blog, je dois le reconnaître.

Par ailleurs, il y a une chose que j'apprécie beaucoup avec les lecteurs, c'est de pouvoir échanger. Faire un blog en se disant qu'on va être lu par des millions de personnes (oui, oui, rien que cela!) et peut-être devenir célèbre  pour soigner son égo en somme, en revient à passer à mes yeux à côté de l'essentiel: l'échange. Quand je visite un blog, je veille à toujours laisser un commentaire au blogueur / à la blogueuse, je trouve ça plus sympa. La personne a fait l'effort de rédiger sa chronique, de donner son avis, d'argumenter, je trouve normal de lui laisser un petit commentaire.

Tout comme j'essaye de répondre aux commentaires sur mon blog. Cela me prend du temps, mais je ne le regrette pas, cela m'a permis de me lancer corps et âme dans des débats d'une importance capitale tels que « Quel est le meilleur Darcy ? Matthew ou Colin ? » Débat dans lequel j'ai d'ailleurs mis KO le Chat ! (J'imagine déjà le regard de tueuse que me lance le Chat en ce moment ! Je suis foudroyée, boum, par terre... )

[Comment ça ce n'est pas vrai ?! Mais si... Enfin presque... euh, bon d'accord, match nul, balle au centre... Mais qu'est-ce que j'ai pu rire avec ce post, surtout quand d'autres nous ont rejointes et se sont mêlées à cette question hautement existentielle. Doux Chéri m'en parle encore... (Au passage : Vive la Team Colin!)]

3) Passons aux blogs que j’apprécie particulièrement. Je vais en oublier, c'est sûr. Vous savez, cette question de temps, et patati, et patata...

Evidemment, il y a la Team des livres-addicts dans notre lutte contre les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-ou-du-ciel.

- Between Dreams and Reality de Melliane : Je sais qu'elle ne fera pas ce tag, mais je ne pouvais pas ne pas la nominer. A vrai dire, je ne me souviens plus vraiment du comment j'ai atterri chez Melliane, sans doute au détour d'une de mes errances sur le net. La première chose qui m'a interpelée, c'est tout simplement ce qui fait l'essence même de son site : il est bilingue. Bon, d'accord, en anglais. Ça aurait pu être un point négatif : l'espagnol aurait été mieux, beaucoup mieux, mais on fait avec ce qu'on a ! Ses lectures sont variées, ses chroniques détaillées et toujours très respectueuses des auteurs. Je l'admire également pour la fréquence avec laquelle elle alimente son blog. Tout bonnement impossible pour moi. Et cerise sur le gâteau, en plus d'avoir un blog sympa, Melliane est une personne adorable, d'une gentillesse comme j'en ai rarement vue. Elle a même réussi à me convaincre à me lancer dans des lectures en anglais, même si c'est, je le dois bien le dire, avec l'usage récurrent de coups bas (je me demande d'ailleurs si cela ne s'apparente pas à du chantage... voire à de la torture... Quand je vous dis que je suis une victime!)

- Le Chat du Cheshire : Le Chat, c'est la stratège de la troupe, en plus d'être quelqu'un avec un humour vraiment très agréable. Elle se prête au jeu de mes piques sur Mathew (qui ressemble toujours à un cocker) et relance le débat avec des arguments qui me font souvent recracher mon café sur mon clavier. Je la mets parfois dans des situations pas des plus simples dans les Chroniques-des-livres-interdits et jamais elle ne rechigne. Au contraire, elle me lance des idées dans ses commentaires. Son blog est riche, mis à jour très régulièrement et, en plus de me faire découvrir des romans variés, je me tiens à jour sur les série tv grâce à elle. Il fait partie de mes incontournables.

- Les Chroniques de Johanne : Si je veux un conseil romance, je file chez Johanne, c'est une valeur sûre. Des chroniques détaillées, des goûts qui se rapprochent des miens, une valeur sûre je vous dis. Parce qu'il n'y a rien de pire qu'une mauvaise romance ! C'est toujours un plaisir d'aller faire un petit tour chez elle ! Un remonte-moral pour mon cœur de midinette, et un avis solide pour certaines lectures.

- L'ancre littéraire d'une blondinette : Une nouvelle recrue que je ne regrette absolument pas d'avoir intégrée à la troupe. Il y a des gens, quand vous les rencontrez, même virtuellement, vous les imaginez auréolés de gentillesse. C'est l'image que j'ai de Bea. Toujours attentive dans ses commentaires, elle ose dire ce qu'elle pense, mais jamais avec animosité. J'aime beaucoup son blog parce que je n'arrive jamais à prévoir quelle va être sa lecture du jour. Fantasy, romance... elle fonctionne suivant l'envie du moment. Ses chroniques sont toujours bien écrites et évitent de trop en dire pour ne pas gâcher la lecture. Une autre valeur sûre pour moi (et en plus elle est blonde, entre blondes on ne peut que se comprendre!).

- Lup'appasionata : Une autre nouvelle recrue, la deuxième bizue des chroniques-de-la liste-noire-des-livres-interdits. Des lectures variées, des chroniques bien écrites et la même auréole de gentillesse que Bea (elles ont dû être contaminées par le même virus ! Enfin, pour être honnête, je crois que c'est toute la liste de blogs qui a été contaminée!). Une très jolie rencontre virtuelle également...

- Plumes sauvages de Roanne... Je sais que comme c'est elle qui m'a nominée, je n'ai pas le droit de l'inclure, mais je le fais quand même parce que je ne peux pas ne pas évoquer son blog. Roanne en plus d'être une-vilaine-tentratrice est donc l'auteur d'un roman que j'ai beaucoup aimé. Son blog n'évoque pas simplement ses lectures, mais aussi son entraînement à l'aiguille et autres pensées qui fusent dans sa tête (son dernier post sur le sacrifice de son mur pour son roman m'a... achevée!). C'est quelqu'un qui vaut vraiment le détour...

On quitte la Team, mais ce sont toujours des blogs chez qui j'aime flâner...
- L'amarrée des mots. En sautant d'un blog à l'autre je suis arrivée chez Nadine, et je me suis reconnue dans ses lectures et ai vibré pour ses chroniques. Nadine possède le don des mots, celui porté par le cœur et j'ai beaucoup d'admiration pour la plume qui guide ses posts. Elle fait partie en plus de ces bloggueurs qui prennent le temps de lire les chroniques des autres et laissent toujours leur trace... Je m'installe devant son blog comme devant un bon bouquin, mon café à la main et je savoure.


Ce slam de Grand Corps malade m'a d'ailleurs fait penser à elle, c'est avec ces mots que je me l'imagine, avec le sourire au coin des lèvres de sa générosité.
(Qualité pas super, mais le texte est magnifique)

- La tête dans les livres : C'est un blog que j'aime beaucoup, notamment pour son rendez-vous « Si on parlait de » qui conduit à de véritables échanges. Elle parle d'elle, on parle de nous, et on confronte les expériences... Inconsciemment, elle a d'ailleurs été une alliée de Melliane dans sa lutte pour me faire lire en anglais. Le déclencheur a été un des ces fameux « Si on parlait de... ». Bon, je n'ai lu que quelques pages dans la langue de Shakespeare, l'espagnol dresse des obstacles sur le chemin de  l'anglais, mais finalement, ces échanges ont pris tout leur sens. Ses chroniques sont également très soignées, un vrai plaisir que de se promener sur son blog.

- Lea Touch Book, où intervient également Grybouille. Lea publie plus vite que son ombre, lors de ma visite du we, je dois toujours me mettre à jour de ses lectures de la semaine, mais je le fais avec envie et curiosité, car je ne sais jamais quelles lectures vont m'attendre chez Lea. Une vraie pochette surprise dans le bon sens du terme !


- Les femmes qui lisent sont dangereuses : il n'y a pas de mal à se faire du bien, non ? Il y a une rubrique à en faire rougir les Dieux, mais qui me fait aborder la semaine avec une énergie fringante ! Pfiou, mes yeux te remercient ! Et pour ne rien gâcher, le blog est sympa et les chroniques valent le coup !


- Les lectures de Marinette : Déjà, j'aime les chouettes et les hiboux, donc je ne pouvais qu'aimer son blog. Un décor sobre et reposant, des lectures vraiment variées, des chroniques bien écrites et une personne qui me donne envie d'échanger avec elle. Le cocktail idéal pour que je lui rende visite régulièrement !


- Bouquin de poches en poches : C'est un blog que j'apprécie beaucoup parce que j'y fais toujours de jolies découvertes, tant en littérature qu'en bande dessinée. Des billets toujours soignés, parfois très émouvants... Je ressens derrière le respect des mots un sacré sens de l'humour. Je suis fan !


- L'escapade littéraire de Miss pendergast: Certaines des musiques qu'elle met en découverte sur son blog m'accompagnent quand j'écris. J'aime ses lectures qui passent de la romance contemporaine à la fantasy en s'arrêtant dans le rayon de la littérature plus classique.


Roanne : Sacrée patate chaude que tu m'as refilée ! A cause de toi, je n'ai pas eu le temps de faire le ménage ou de mettre une machine à laver le linge ! Sans parler de faire à manger. Pfiou, tu m'as surtout donné un excellent prétexte pour ne pas m'atteler aux corvées!