dimanche 23 juillet 2017

Ma vie (pas) si parfaite, Sophie Kinsella

À Londres et dans le Somerset, de nos jours.
Sorties culturelles, soirées animées, restos branchés, job de rêve dans une grande agence de pub, d'après ses comptes Facebook et Instagram, Katie, 26 ans, vit la vie géniale des it-girls de Londres.
En réalité, elle loue une fortune une chambre minuscule dans une coloc à presque deux heures du centre, vit sur un budget tellement serré qu'elle doit parfois choisir entre un repas et un " mokaccino " hors de prix et travaille pour une boss cauchemardesque. Et quand cette dernière décide de la virer sous un prétexte pour le moins léger, Katie n'a d'autre choix que de rentrer chez son père dans le Somerset.
Mais pas question de se laisser abattre. Londres ne veut pas d'elle ? Katie va trouver un moyen de faire venir Londres à elle et de faire de la ferme familiale l'endroit le plus hype de tout le Royaume-Uni. Tellement hype qu'il pourrait bien attirer les hipsters de la capitale et avec eux, de vieilles connaissances...

– Mon amour, c'est pour toi !
Qu'il est gentil Doux Chéri quand il m'appelle par mon petit nom...
– C'est ton banquier, Livre-vie, tu as fait quoi encore ?
Par contre, quand mon prénom arrive sur la table c'est qu'il n'est pas content. Téléphone à la main + mention de Monsieur-mon-banquier = des ennuis en perspectives.
Je lui fais signe de raccrocher tout en dessinant silencieusement sur mes lèvres la phrase « Je ne suis pas là ». L'avantage d'être un vieux couple, on se connait par cœur et on se comprend immédiatement.
– Oui, je vous la passe.
Au temps pour le vieux couple...
– Oui ?
J'ai pris ma plus belle voix, celle pour parler à Monsieur-mon-banquier, il faut amadouer l'animal.
– Vous avez encore trop dépensé ce mois-ci, des livres, encore des livres, et des sacs. Deux sacs ! Sans parler du nouveau téléphone ! Pour ce dernier, je peux comprendre, le vôtre était tellement ancien que je n'arrivais pas à vous joindre, mais deux sacs ! Un seul ne suffisait pas ? Il se passe quoi dans votre vie pour que vous ayez à compenser comme ça ! Vous avez une vie parfaite !

Voilà mon banquier qui se prend pour un psy. C'est vrai que s'il a des clientes du style de Katie dans Ma vie (pas) si parfaite de Sophie Kinsella, je comprends que ce soit usant.

Katie ne vit que dans le monde des apparences, Instagram et Facebook sont ses meilleurs amis grâce auxquels elle s'invente une vie : meilleurs restaurants, magasins de shopping branchés, soirées d'enfer avec ses amies... Tout semble parfait. Sauf qu'en réalité, rien n'est vraiment parfait.

Elle travaille dans une agence de publicité et est préposée aux tâches ingrates. Sa chef est l'incarnation du diable en personne, de celles qui vous demandent de lui teindre les cheveux en urgence, qui couche avec le Beau Gosse de la boîte, qui a pourtant un mari aimant, des enfants adorables et une maison sublime.

Jusque-là, tout semble terriblement cliché. Mais ce n'est pas le cas. Et c'est d'ailleurs ce que j'ai aimé de ce roman : on prend des bases connues et archiconnues de la Chick Lit et on s'en écarte, pour élaborer un récit qui parlera à beaucoup de personnes. Dénonciation des apparences, des réseaux sociaux, de la pression au travail, de celle qu'on se met soit-même, du manque d'attention que l'on porte aux autres, de l'égoïsme, de la carrière... Le panel est large.

Pour avoir lu énormément de romans de Chick Lit fut une époque, j'ai été un peu déstabilisée au début, j'ai même pensé que ce roman n'était pas le meilleur de Sophie Kinsella. Mais en fait, je pense qu'il est surtout plus grave que les précédents. Derrière la touche d'humour, le portrait de la société qui est dressé est amer. Parce que finalement, Katie, ça pourrait être nous. Comparer donc ce roman avec les autres est injuste, il faut oublier les Accros du Shopping pour le prendre lui, individuellement. Si on fait ça, il vaut vraiment le détour.

– Livre-vie, vous pourriez répondre à ma question!
Hein ? Monsieur-mon-banquier m'a posé une question ?
– Quand êtes-vous libre cette semaine? Il faut qu'on étudie vos comptes.
Euh...
– Je suis... grrrr.... désolée... grrr … Je ne vous entends... grrr... pas bien... On va rentrer …grrr... dans un tunnel... grrrr... Ça ne … grrrr... capte plus.... grrrr
– Un tunnel ? Mais j'appelle sur votre ligne fixe !
Clic !
Oups, ça a coupé...


lundi 17 juillet 2017

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu’au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l’attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n’ait été dit, sans raison objective, Mathilde n’a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu’elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.

Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l’attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l’immense solitude qu’elle abrite.

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d’eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s’arrête. Autour d’eux s’agite un monde privé de douceur.

Depuis quelques semaines, je ressemble encore et toujours à ça :


Je cours, je cours, je cours...

Comme je suis une femme multifonction, je lis tout en courant (pas pratique je dois l'avouer, mais je maîtrise. Il suffit juste d'éviter les lampadaires, les poubelles et les vaches. Je vis à la campagne je vous rappelle!). 

Je lis quand même beaucoup, et je n'ai évidemment pas le temps de tout chroniquer. Tant pis.

Certains romans m'ont, malgré tout, interpellée, ne serait-ce qu'à cause de leur thématique. Les heures souterraines est l'un d'entre eux.

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas, ce ne sont que deux silhouettes dans la frénésie parisienne, deux ombres de plus qui suivent le rythme que leur impose la vie.

Dans ces heures qui défilent à la vitesse de la lumière, on peut parfois se perdre. C'est ce qui arrive à Mathilde et Thibault. Les raisons sont différentes, mais le résultat est le même. Désarroi, absence de repères, violence morale... Tel est leur fardeau, un fardeau malheureusement bien trop ordinaire.

C'est un livre fort que nous livre Delphine de Vigan, fort mais aussi poignant et cruel. Mathilde et Thibault sont deux facettes de ce que nous sommes, travail et amour, et tous les deux sont victimes d'une violence qui pourrait tous nous frapper. Difficile de passer à côté de ces mots toujours justes, difficile de faire comme s'ils ne nous concernaient pas. Ce roman m'a autant dérangée que fascinée, il est un miroir de la vie qui peut nous frapper. Mathilde m'a bouleversée, bien plus que Thibaut d'ailleurs. Sa descente aux enfers est terrifiante, on assiste, impuissants, à sa chute inéluctable. Je l'ai aimée dans sa détresse, mais aussi dans sa force, même si je dois reconnaître que, parfois, j'aurais voulu faire une pause. J'en ai été incapable. J'ai été happée par la noirceur du récit, par ses heures souterraines qui absorbent. Et la fin... Elle est surprenante. Pas totalement noire. Pas vraiment belle. Surprenante. Avec une once d'espoir finalement.

PS : Vous savez quoi...

mardi 4 juillet 2017

Le contrat, tome 3, Tara Jones

Barbie et Lancaster s'apprêtent à couler des jours heureux maintenant qu'ils sont mariés mais le chemin, pour eux, sera encore long. Surtout quand Barbie va découvrir qu'il y a encore des secrets entre Lancaster et elle. Des secrets terriblement douloureux pour elle. Barbie est amoureuse mais elle manque encore terriblement de confiance en elle et dans les autres. Et ses doutes lui ont fait faire déjà de graves erreurs. Le couple vit maintenant à New York et le danger rôde autour d'eux.

A ma grande surprise, j'avais beaucoup aimé les tomes 1 et 2 du Contrat. J'avais quelques a priori, qui s'étaient rapidement envolés face au rythme des aventures de Barbie et Geoffrey. Comme toute bonne auteure qui aime torturer ses lecteurs, Tara Jones avait achevé le tome 2 sur un « Arggggg »... Oui, oui, vous avez bien lu, un « Arggggg »... Le « Arggggg » est assez terrible de façon générale, mais encore plus pour moi car il signifie que mes ongles vont trépasser.

C'est donc très logiquement que je voulais lire le tome 3 de cette série, pour vérifier si ce « Arggggg » en était un vrai et si mes ongles n'avaient pas souffert pour rien.

Une chose est sûre, l'auteure n'a pas épargné notre couple. Barbie et Geoffrey vont être mis à mal et vont devoir affronter non seulement leur passé (Assumer ou ne pas assumer ? Que faire de ce contrat ? Quid des sentiments ? Réels ou pas ? Et le futur, est-il possible ?), mais aussi un présent parfois cruel. L'on retrouve d'ailleurs ce qui a fait la réussite des tomes 1 et 2 : un rythme effréné qui ne laisse pas de répit. Et un Geoffrey toujours aussi... Euh... Sexy ? Craquant ? Attachant ? Moi, je l'aime bien Geoffrey, je dois le reconnaître, et parfois, il m'a fait de la peine. J'ai eu d'ailleurs envie de mettre quelques claques à Barbie qui m'a exaspérée, mais Geoffrey... Pas de claques, non, non... Je l'aurais bien consolé. C'est un digne descendant/ hériter du Geoffrey d'"Angélique, Marquise des anges".

Bon, pour ne pas changer, je m'égare. Pour résumer : lecture sympa qui clôt cette série, rythme rapide, un peu trop parfois, mais l'ensemble est agréable et je ne regrette pas de m'être laissée tentée ! 


dimanche 25 juin 2017

Café ! Un garçon s'il vous plaît ! Agnès Abécassis

Tout commence par un bon café. Il suffit de demander. Sauf quand on se goure dans la formule… vous avez commandé un garçon ? En voici un sur un plateau, se dit Lutèce, en retrouvant la trace de son premier amour. Mais le temps aura-t-il su préserver la fraicheur de leurs souvenirs ? Et puis arrive Tom, le flic tendre. Quand Régine le trompe et qu’il le découvre, par dépit, il la trompe aussi. Avant de réaliser qu’elle n’avait pas fauté… Ava, c’est l’artiste qui aime trainer dans les cafés pour y chercher l’inspiration. Un jour, on lui commande le portrait d’une actrice célèbre. L’occasion pour se carrière de décoller ! Mais rien ne se passe comme prévu, et elle qui pensait boire du petit lait risque de devoir attendre un peu avant de sabrer le champagne.

Je l'ai déjà mentionné sur ce blog, mais parfois, je suis comme le lapin d'Alice au Pays des Merveilles : je cours, je cours, je cours. Ce qui explique mon absence de chroniques ces derniers temps. Je n'ai pas arrêté de lire, non, non, ma consommation livresque n'a pas été atteinte de sécheresse aigüe, loin de là (mon banquier en aurait pourtant été heureux !), mais j'ai dû m'absenter de la blogosphère si je voulais pouvoir voler quelques heures de sommeil à mes journées bien trop remplies.

Même les cafés avec mes copines ont été limités. J'aurais pourtant aimé pouvoir, comme Ava, aller dans un bar, et demander un garçon (à vrai dire, j'en ai déjà un formidable à la maison), pardon, demander un café...  Mais maintenant, ça va mieux, et me voici (Le Chat, prépare-toi à une nouvelle offensive sous peu, non, non, ce ne sont pas des menaces, juste que Colin est quand même le meilleur...).

J'ai eu l'impression de retrouver dans ce roman de vieux amis : Lutèce, Ava, Régine, Tom, et même Félix ou Perla que j'avais déjà croisés dans « Le tendre baiser du Tyrannosaure ». Que j'ai été contente de les revoir! Je les avais beaucoup aimés, et m'attarder sur ceux qui étaient secondaires a été une parenthèse agréable dans mon rythme de folie. 

Lutèce n'est pas une grand-mère comme les autres, si vous en doutez, demandez à son petit-fils, Félix. Elle joue dans un groupe de rock, se connecte tous les jours à internet et pense bien plus qu'elle ne le voudrait à son ancien amour, Saül, celui qui l'a abandonnée en lui brisant le cœur. Jusqu'à ce qu'elle apprenne, au détour d'une revue, qu'il a perdu sa femme. Ni une ni deux, un message facebook plus tard, et le contact est renoué. Enfin, pas comme elle le voudrait.

Régine et Tom, le meilleur ami de Félix, filent le parfait amour. Du moins en apparence. Parce que le manque de confiance de Tom est là, tapi dans l'ombre, près à bondir au moindre doute. Et si ce doute se concrétisait ?

Ava est seule, mais heureuse. Artiste bientôt reconnue, elle vit bien son célibat, jusqu'à ce que...

Les histoires se croisent et s'entrecroisent dans ce roman, au gré des vagues de la vie. Tantôt touchant, tantôt drôle (certains passages sont hilarants, le moment de la fête est juste waouh...), le récit nous immerge dans le quotidien de ces drôles de personnages qui sont tellement imparfaits qu'ils pourraient être nous. Tom et ses incertitudes, Ava et ses peurs (et sa malchance!), Lutèce et son cœur brisé qu'elle cache derrière une façade de bonheur. Et au fil des pages, ces personnages vont aller vers leur destin, vers leur bonheur.

J'avais beaucoup aimé « Le tendre baiser du tyrannosaure », et j'ai tout autant aimé « Café ! Un garçon s'il vous plait ». C'est un roman qui m'a fait sourire, m'a arraché quelque larmes, qui m'a fait vivre et m'a fait me sentir bien.


Du bonheur en pages dont j'avais bien besoin !

vendredi 9 juin 2017

La rue, Ann Petry

Dans le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s'élever au-dessus de sa condition. À Harlem, dans les années 1940, une jeune mère célibataire noire se démène pour offrir à son fils, Bub, une vie digne de ce nom.

En approchant de sa station, elle se disait qu'elle n'avait pas peur de la rue, ni de son influence. Elle était décidée à les combattre. Des rues comme la 116e, réservées aux nègres ou aux mulâtres – avec tout ce que cela signifie – avaient fait de Pop un vieil ivrogne timide et tué Mom quand Lutie était encore tout bébé.

Dans cet immeuble où elle habitait actuellement, c'était aussi la rue qui avait amené Mrs. Hedges à faire de sa chambre un bordel. Et le concierge, la rue l'avait maintenu dans les bas-fonds, loin de l'air et de la lumière, jusqu'à ce que l'horrible obsession de la chair l'ait dévoré. Et c'était encore la rue, ou d'autres semblables, qui avait conduit Min, la femme qui vivait avec lui, à cet état d'atonie et de molle résignation qui la faisait ressembler à une lavette humide. Mais rien de tout cela ne lui arriverait à elle, Lutie, parce qu'elle avait la volonté de lutter sans relâche.

Lutie Johnson n'a qu'une idée en tête : l'avenir. Elle rêve de donner un avenir à son fils, Bub, et bien que la vie ne l'ait pas épargnée, elle est décidée à y parvenir, quitte à faire des sacrifices. La première étape consiste à quitter l'appartement qu'elle partage avec son père, un alcoolique notoire, et sa nouvelle compagne pour avoir son propre logement. Malheureusement, son budget lui impose des limites, elle devra donc s'installer dans la 116è rue de Harlem. La rue des noirs.

C'est un portrait sans concession de l'Amérique des années 40 que nous livre Ann Petry, un récit dur, brut, comme cette rue où blancs et noirs ne se fréquentent pas, ou les uns et les autres ne font que survivre. Luthie est amenée à y croiser une galerie de personnages ambigus, où la frontière entre le bien et le mal est ténue. Le concierge et son regard vicieux porté par sa folie, Mrs Hedges qui passe son temps accoudée à son balcon à observer tout ce qui se passe dehors, tandis que ses filles apportent de la satisfaction à des hommes de passage, même des hommes blancs...

Luthie est un personnage fort, qui derrière les rêves frivoles dus à son âge, cache un être courageux, prêt à tout pour assurer l'avenir de Bub, son fils. A tout ? Non, pas exactement. Jamais elle ne se prostituera, jamais elle ne travaillera pour Mrs Hedges. Jamais elle ne fricotera avec ces blancs qui la regardent de haut, ces blancs qui la méprisent. Au fil des pages, elle se bat sans relâche et franchit les embûches, sans céder au découragement. Le travail va payer, le travail sera l'ascenseur social dont elle rêve, et certainement pas sa beauté, comme le prétend Mrs Hedges. Oui, elle en est convaincue, le monde ne peut pas être si laid.

J'ai adoré ce roman pourtant sombre dans lequel luit malgré tout la flamme de l'espoir, celle de Luthie qui porte le récit. Les personnages sont très bien travaillés et m'ont fait ressentir une myriade d'émotions parfois contradictoires. Pour Mr Jones, le concierge, le verdict a été sans appel : du dégoût. Sa folie ne pouvait rien susciter d'autre. Mais pour Mrs Hedges, rien n'a été simple. Ce personnage m'a fascinée... Je n'ai pas réussi à trancher. Ordure ? Victime ? Difficile à dire, mais cette dualité résume à elle seule l'âpreté de ce récit et la violence de cette époque. Un petit bijou sur l'Amérique des années 40.

lundi 29 mai 2017

Le contrat, Tomes 1 et 2, Tara Jones

Elle pensait choisir l'argent. Et si elle avait trouvé l'amour ?
Après la faillite de son père, Angeline supplie son principal créancier, Geoffrey, d'éponger ses dettes. Il lui propose alors un arrangement d'un genre particulier : un contrat de mariage aux clauses multiples et variées... Angeline accepte d'épouser cet homme qu'elle n'a jamais vu. Mais elle n'avait pas prévu qu'il soit aussi attirant... Luttant contre sa culpabilité et ses peurs, elle ne peut s'empêcher de se poser une question : pourquoi lui a-t-il proposé de l'épouser ?

Le mariage se rapproche un peu plus chaque jour. Lancaster et Angeline parviendront-il à oublier ce contrat pour se faire totalement confiance ?

Quand j'étais enfant, j'étais fan de "Angélique, Marquise des Anges". Je me souviens avoir guetté avec ma mère les rediffusions à la télévision, c'était un doux moment que nous partagions. Il y avait Geoffrey et sa cicatrice, Geoffrey qui faisait déjà frémir mon cœur (et grogner mon père!). En lisant les premières pages du "Contrat", je n'ai pu m'empêcher de sourire: Angelique et Geoffrey était de retour. Enfin plutôt Angeline et Goeffrey dans cette version moderne.

Pourtant, j'étais perplexe avant d'attaquer ce roman, partagée entre l'envie de découvrir ce phénomène et la peur que mes craintes soient justifiées. Retrouver une copie (pâle ou pas d'ailleurs) des "Cinquante nuances de Grey", très peu pour moi. Mais il faut faire fi des préjugés et essayer pour se faire sa propre idée, et force est de constater que je comprends l'engouement suscité par ce roman, parce que je me suis moi-même laissée happer.

L'un des aspects qui me faisait peur était l'essence même du roman, ce fameux contrat. Afin de couvrir les dettes de son père, Angeline accepte de se marier avec un inconnu. Ma fibre féministe s'est rebellée. Il n'y a qu'un mot pour qualifier ce postulat : prostitution. A ma grande surprise, l'auteure assume parfaitement cet aspect, Angeline le reconnait elle-même : pour sauver son père, elle va devoir se prostituer. Cela peut sembler un détail, mais j'ai réellement apprécié, la réalité n'est pas enjolivée, elle est brute, laide, parce qu'une telle situation ne peut être autrement. 

Du moins au départ, parce que romance oblige, les choses changent. Et le prince charmant va arriver sur son cheval blanc (ou avoir une cicatrice au visage...).

Angeline m'a beaucoup plu, sa répartie, son mordant, sa résignation aussi, même si elle ne veut pas s'offrir sans lutter. C'est un personnage plein d'humour, vivant qui palpite entre les pages de ce roman. Geoffrey est le digne héros d'une romance. J'ai beaucoup soupiré, j'ai beaucoup gloussé (je me suis un peu trémoussée aussi quand Doux Chéri ne me regardait pas) et ce n'est pas simplement parce qu'il a une cicatrice comme le Geoffrey d'"Angélique Marquise des Anges". Contrairement à ce que laissait supposer la situation de départ, c'est un homme droit, un homme qui fait rêver. Et moi j'aime rêver dans les romances.

Alors voilà, je suis faible, j'ai succombé, et je l'ai lu en une matinée. La sauce a pris, c'est un roman diablement efficace qui remplit son contrat (sans mauvais jeu de mots!). Et maintenant, je vais attendre avec impatience la sortie du tome 3, c'est malin !

mercredi 24 mai 2017

La délicatesse du homard, Laure Manel

Le passé est une prison dont on ne s'évade pas

Elle est partie aussi loin qu'elle a pu, pour rejoindre le début du bout du monde... et venir s'échouer au pied d'un rocher face à la mer d'Iroise.
Elle dit s'appeler Elsa.
Elle ne veut pas qu'on lui pose de questions.
Qui est-elle ? Que cache-t-elle ?
Et lui, que cache sa rudesse ? Lui qui l'accueille sans même savoir pourquoi...


Ce livre, c'est l'histoire d'une fuite, c'est l'histoire de l'oubli, c'est l'histoire d'un passé qui démoli, d'un présent qui reconstruit, c'est l'histoire de deux êtres un peu brisés, qui tentent de donner à leur vie la direction qui pansera leurs blessures. C'est l'histoire d'une rencontre.

François est un homme un peu bourru, solitaire, qui vit dans son centre équestre sa passion des chevaux en veillant à se préserver des fêlures d'une vie qui ne l'a pas épargné.

Elsa est un point d'interrogation à elle seule. Qui est-elle ? Que lui est-il arrivé ? François ne réfléchit pas lorsqu'il la voit sur le bord de cette falaise, il la ramène, sous la pluie battante, chez lui, sentant qu'il ne suffisait que d'un pas pour que la jeune femme ne bascule. Commence une étrange cohabitation entre deux inconnus que tout séparait mais que la vie va finir par rapprocher.

C'est un récit à deux voix que ce roman de Laure Manel, alternent Elsa et François dans cette quête de ce qu'ils sont. L'écriture de l'auteure est simple, mais d'une efficacité redoutable. Elle nous immerge dans le présent et le passé de ses personnages pour nous aider à les comprendre et à les aimer.

Au fil des pages, je me suis profondément attachée à Elsa et François. J'ai craint le pire pour eux, surtout pour Elsa. Le fantôme qu'elle est devenue ne pouvait pas agir ainsi sans raisons. L'auteure a d'ailleurs été très habile en faisant apparaître l'histoire d'Elsa par petites touches, comme des petits cailloux qu'il nous faut suivre pour comprendre enfin ce qui l'a amenée au bord de cette falaise.

Et François... François le solitaire, François le bourru, François qui ne veut plus aimer... Quel personnage ! Derrière ses abords revêches se cache un homme d'une rare générosité. C'est le pilier de ce roman, les épaules solides sur lesquelles s'appuyer, celui dont les actes désintéressés ne répondent qu'à son instinct, le phare dans l'obscurité de la cruauté de la vie.

Bien sûr, à la fin, comme je suis un coeur tendre, j'ai pleuré... J'ai même relu certains passages...

Un très joli roman qui fait souffler un vent de douceur dans un monde où la grisaille est omniprésente.


samedi 20 mai 2017

One, « Te respirer », tome 2, Jacinthe Nitouche

One, « Te respirer », tome 2, Jacinthe Nitouche

Depuis l’enfance, Charlie et Sacha ont toujours été unis contre le reste du monde. Un duo à part, pour une relation hors du commun… Alors que les deux jeunes adultes ont emménagé dans le même appartement pour leurs études supérieures, ils continuent de faire face aux aléas de la vie, côte à côte. Ensemble, ils gèrent au mieux leur amitié particulière, ce lien qui les rend incapables de vivre l’un sans l’autre et qui écrase toutes les relations amoureuses qu’ils tentent de construire. Ils essayent en vain d’ignorer que tout a changé depuis le jour des dix-huit ans de Charlie, lorsqu'elle a demandé à Sacha de lui faire l’amour comme cadeau d’anniversaire. La nuit qu’ils ont partagée a définitivement transformé leur amitié... Pourtant, ce nous qu’ils ont de plus en plus de mal à définir reste leur priorité. Plus que jamais, ils comptent se battre et tenir leur promesse d’être toujours là l’un pour l’autre, sans concession aucune. Mais combien de temps seront-ils être capables de se mentir sur les sentiments qu’ils éprouvent réellement l’un pour l’autre ?

Madame Jacinthe Nitouche,

Je ne sais pas si je vous aime ou si je vous déteste. Comment avez-vous pu malmener mon petit cœur de la sorte dans ce tome 2 ? Il en a raté des battements à cause de vous et a frôlé la crise cardiaque, ce qui aurait été plus que problématique étant donné que je ne suis pas sûre que l'ambulance serait arrivée jusqu'à chez moi. Je vis dans une zone isolée, vous comprenez, et il faut suivre un chemin de terre pour rejoindre la maison. Très joli chemin d'ailleurs, avec ses prés qui le bordent, ses vaches, ses chevaux, son marronnier, ses cailles qui traversent, ses faisans qui se tapissent sur le sol en pensant qu'on ne les voit pas, ses chevreuils qui vous coupent la route et vous obligent à freiner brutalement, heureusement que vous n'alliez pas vite. Oui, très joli mais un peu long avec ses 800 mètres, et surtout difficile à repérer, seule la boîte à lettre indique sa présence. Pas très pratique, je vous l'accorde. 

Oups, je divague. 

Une mauvaise habitude d'après mes amis. Moi, je ne m'en rends pas compte. Mais ce n'est pas ma faute, c'est la vôtre, parce que vous n'avez vraiment pas épargné mon pauvre petit cœur...

Sacha et Charlie ont grandi et sont maintenant colocataires. Deux ans ont passé et leur amitié est toujours aussi solide, tellement solide d'ailleurs qu'elle fait de l'ombre à leurs autres relations. On pourrait croire que le temps des interrogations est derrière eux, et que l'âge adulte aidant, ils savent enfin qui ils sont et où ils vont, mais il n'en est rien. Les questions sont toujours aussi brûlantes, les doutes aussi lancinants et leurs peurs sont comme un voile qu'ils se mettent sur les yeux pour ne pas voir que l'heure des décisions approche.

Ce tome est habilement mené, le récit alterne entre présent et passé et nous embarque sur un grand-huit émotionnel. Et je dois vous dire, Madame Nitouche que j'ai eu peur à chaque page de ce que vous alliez me réserver, le spectre de la crise cardiaque, ou du cœur brisé, ce qui n'est pas forcément mieux. Mais finalement, vous avez su prendre soin de lui. Alors je crois que oui, je vous aime, parce que vous avez su faire un deuxième tome à la hauteur du premier, ce qui n'était pas tâche facile.

Merci de m'avoir fait rencontrer Sacha et Charlie, merci de m'avoir fait vibrer avec leur histoire.


Le livre-vie (qui n'a plus d'ongles à cause de vous, mais qui ne vous en veut pas. Elle regrette simplement qu'il n'y ait pas de version papier de ces deux romans pour les avoir dans sa bibliothèque et les feuilleter de temps en temps... Parce qu'elle fait ça souvent avec les livres qu'elle a adorés, une autre de ces drôle de manies.)

mercredi 17 mai 2017

Les délices de Tokyo, Duran Sukegawa

" Ecouter la voix des haricots " : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges dont sont fourrés les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d'embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu'elle lui a fait partager.

Sentarô paie encore le poids de ses erreurs passées en tenant une petite boutique où il vend des dorayaki sans âme qu'il fabrique lui-même. Se lever tôt, remonter le rideau, mélanger la pâte de haricots rouges à partir d'une base congelée, préparer sa pâte à beignets, ouvrir la boutique, sourire, supporter les lycéennes, sourire encore, même quand la pâte est critiquée, baisser le rideau, faire la caisse, les comptes et constater que la recette est maigre. Le sourire s'estompe. Pas le travail idéal. Mais ce n'est pas le pire. Le pire est le manque d'envie, de motivation. Le pire est de porter sa vie, de sentir ses épaules ployer sans que jamais son fardeau ne soit allégé. Ne lui reste que la boisson le soir, cette fidèle compagne.

Parfois, Sentarô fait le bilan de sa vie et seule une impasse se dessine devant ses yeux. Seul, dans un emploi qu'il n'aime pas, avec une patronne qu'il aime encore moins, il aimerait pouvoir se libérer. Redonner un second souffle à sa boutique peut être la solution. Une petite annonce et normalement, son futur sera radieux.

Mais la personne qui se présente pour l'emploi n'est pas celle qu'il attendait. Une vieille femme, aux doigts tellement courbés qu'il doute de ses aptitudes au travail, lui propose son aide pour un salaire dérisoire. Il ne le sait pas encore, mais vient d'entrer dans sa boutique la femme qui va changer sa vie.

Bien loin d'être une simple histoire d'amitié ou de renaissance, ce petit roman qui se lit d'une seule traite aborde des questions complexes, notamment en se concentrant sur un pan de la culture et de l'histoire japonaises dont j'ignorais tout. C'est un roman qui suit le rythme de la floraison des cerisiers, distillant ses réflexions sur le monde au fil des saisons. Sentarô va trouver en Tokue, cette vieille femme qu'il aurait pourtant fuie en temps normal, le déclencheur vers une autre façon de voir les choses, vers une autre manière de vivre. En la voyant observer les haricots rouges dans l'eau, Il va apprendre à regarder le monde, à aller au-delà de ce que nos yeux limités voient, à ressentir les choses. Il va apprendre à découvrir les autres en plongeant dans les profondeurs de ce qu'ils sont.

Il y a des romans qui marquent, des romans dont on se souvient encore des année plus tard. Je sais que « Les délices de Tokyo » sera de ceux-ci, j'en suis sûre. J'ai vraiment adoré.

La chronique du Chat du Cheshire, c'est ici.

La chronique de Misspendergast (l'Escapade Littéraire), c'est ici.

lundi 8 mai 2017

Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne

Une cocotte en fonte, rouge, qui n’arrive pas, et c’est le début d’un échange épistolaire entre Lucia – conseillère clientèle dans le Nord – et Eugène, comptable et commanditaire basque de la cocotte. Alors qu’en toile de fond, une émission de téléréalité mettant en scène des seniors rebelles et agitateurs mobilise l’attention générale et répand un vent de révolte, la terre, tout à coup, semble souffrir de court-circuits à répétition et cesse de tourner rond. A quoi peut bien ressembler une histoire d’amour naissante dans cette ambiance de fin du monde ? Est-il encore temps de changer de vie ? Et à quoi peut bien ressembler la vraie vie quand le monde ne tourne plus rond ?

Une rencontre tient à peu de chose finalement, même à une commande d'une cocotte en fonte rouge qui n'arrive pas. Un échange de mails, et Eugène qui se disait biologiste alors qu'il est comptable rencontre Elise qui est en réalité Lucía.


Le début m'a laissée un peu perplexe, j'ai eu du mal à voir où l'auteure voulait en venir. Récit de vie ? Romance ? Mais, plume agréable aidant, j'ai poursuivi ma lecture, ma curiosité étant malgré tout piquée. 

A la moitié du roman, le récit bascule et l'on voit clairement les intentions de l'auteure. Ce n'est pas une histoire d'amour qu'elle veut nous conter, mais plutôt une histoire d'hommes et une histoire des hommes. Le fantastique fait son entrée, de mystérieux court-circuits vont mettre la vie entre parenthèse, tout comme cette baleine qui semble vouloir visiter les eaux du Pays Basque. 

Tout cela vous semble décousu ? Une histoire de cocotte, un comptable, une femme qui répond aux mails sous une identité qui n'est pas la sienne, une baleine, un monde qui oscille... Sans doute l'est-ce un peu, mais cela n'empêche que la critique de la société est bel et bien présente. L'égoïsme des hommes, l'indifférence face à autrui, face à l'environnement mais aussi le voyeurisme de la télé-réalité sont bien présents dans cette histoire qui se voulait légère. 

Le seul regret que je peux avoir tient à ce qui m'a pourtant fait continuer ma lecture : l'écriture. J'aurais aimé que le rythme suive quand le récit bascule et quitte par moments le contemplatif qui l'habite. Mais ce sera le seul, j'ai vraiment apprécié cette lecture.

lundi 1 mai 2017

Hier encore, c'était l'été, Julie de Lestrange

Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera.

Les familles Fresnais et Lefevre sont au cœur de ce roman que j'ai savouré, installée à une table d'un café, en buvant mon déca (je vous laisse imaginer l'effet de la caféine sur moi, mieux vaut prévenir que guérir!), gorgée après gorgée. Petit à petit, les mots ont fait leur chemin et les différentes histoires qui se croisent ont tissé leur toile autour de moi.

L'on suit donc ces deux familles sur trois générations, les grands-parents, les parents et bien évidemment les petits-enfants, créant de là sorte une sorte de monde à part, incarné par le chalet de l'amitié, où chacun prend plaisir à se retrouver. Cet arbre généalogique qui se dessine est indispensable pour comprendre les liens qui unissent ces deux familles et offre des instantanés de leur vie.

Des thèmes qui pourraient sembler peu originaux ponctuent le récit : la famille, l'amour, l'amitié, les hauts, les bas de la vie, les joies, les peines. Je dois reconnaître que Julie de Lestrange a très bien su mener sa barque, suscitant l'envie d'en savoir plus et dessinant des personnages attachants qui sont, finalement, à l'image de ce que nous sommes. Ils se cherchent, se trouvent, s'égarent, goutent à la vie, la croquent à pleine dents, doutent, hésitent aussi... Ils sont un  réel effet miroir de ce que nous sommes, ils sont ce qu'est cette société en mal de repères, cette société qui lutte contre ses propres maux.

Le style est à l'image de ce récit, simple, sans fioriture, mais d'une efficacité très agréable. L'on sent tout le potentiel de cette auteure dont c'est le deuxième roman. Elle m'a donné envie d'intégrer cette bande de copains, et pour un ours des cavernes comme moi, c'est un gage de paris gagné.

Une lecture plaisir, qui m'a fait passer un très bon moment le lecture ! 

jeudi 20 avril 2017

Kate Daniels, tomes 1 et 2, Ilona Andrews

Tome 1, Morsure magique

Atlanta pourrait être une ville charmante s’il n’y avait pas la magie... Lors d’une vague magique, les mages lancent leurs sorts, des monstres apparaissent, les armes à feu cessent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la technologie reprend le dessus et la vague magique se retire aussi vite qu’elle est arrivée en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Kate Daniels est une mercenaire de la magie chargée de régler ces problèmes. Mais quand son tuteur est assassiné, sa soif de justice va la mener au cœur d’une confrontation entre les Nécromanciens et les Changeformes d’Atlanta. Les deux clans se tiennent mutuellement pour responsables d’une série de meurtres que Kate va devoir élucider. Et même si elle a conscience que cette mission dépasse ses compétences cela lui convient parfaitement.

Tome 2, Brûlure magique

À Atlanta, les tempéraments – et les températures – sont sur le point de devenir explosifs. Kate Daniels, mercenaire spécialisée dans le "nettoyage" des problèmes surnaturels, a vu beaucoup de choses incroyables. Régulièrement, les vagues magiques balayent Atlanta comme des marées. Mais une fois tous les sept ans, c’est un tsunami magique qui s’abat sur la ville et, cette fois, Kate va se retrouver avec un problème bien plus important que d’habitude. Un problème d’ordre divin. Quand elle s’engage à retrouver des cartes volées à la Meute, le clan des Changeformes, Kate découvre rapidement que l’enjeu est plus important qu’il n’y paraît. Ces cartes ne sont que la première étape d’une confrontation entre des dieux qui espèrent renaitre. Et si elle ne veut pas que sa ville soit détruite, Kate va devoir tout mettre en oeuvre pour éviter le cataclysme.
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Résumé des Chroniques de la Liste-noire-des-livres-interdits:
Une sombre menace plane sur nos livres-chéris, sur ces ouvrages qui nous transportent jusqu'à pas d'heure dans la nuit et nous font rêver encore et encore dans la journée : les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre les ont déclarés « dangereux pour l'humanité », et nous somment, nous, les humbles lecteurs, de les leur livrer. Voici l'histoire de notre rébellion! 
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Pour se remettre dans le contexte de cet épisode, Episodes 313233, 34
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Une silhouette floue se matérialise devant moi. Je dois me rendre à l'évidence, Melliane a raison, ce n'est pas un nuage toxique. Non, non...

Ce sont les Dieux-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre !

Mes jambes amorcent un pas discret vers l'arrière. Peut-être qu'ils ne me verront pas ? Le popotin de Monsieur-mon-Médecin se trémousse derrière le Río-squelette. 
Rectification, il ne se trémousse pas. Il tremble.

– Livre-vie ? Livre-vie ? Ça va ?
La voix de Melliane me paraît un tantinet inquiète, si j'étais à ma place, je le serais aussi. Un-face-à face avec les Dieux, c'est comme tomber dans un buisson d'orties.

Arrêt sur image : je suis à ma place, c'est moi qui suis devant eux, pas elle. J'ai de quoi être inquiète !

Bon, réfléchis, Livre-vie, réfléchis. La situation est compliquée, très compliquée. Tu as devant toi un Dieu, qui, bien que tu ne distingues pas clairement son visage, ne semble pas être ton fan numéro 1.

Réfléchis....
...
Rien ne vient.

– Réfléchis ! me presse Melliane.
Hey, je fais ce que je peux ! Mon front se plisse à cause de l'effort extrême que lui impose ma concentration.
Réfléchis...
Si on avait été dans un dessin animé, une petite ampoule se serait allumée à côté de ma tête, mais on est pas dans un dessin animé, c'est la vraie vie, alors je me contente de m'écrier :
– Euréka !
Une petite référence à Archimède est quand même plus élégant qu'un banal « Je sais ». Euréka donc.

Je n'ai qu'une seule chose à faire. Je me penche en avant, plisse les yeux et serre les points et...

Grrr

Je rugis. Enfin j'essaie, parce que le son qui sort de ma bouche ressemble davantage au feulement d'un chaton qui a mis la patte dans l'eau qu'au rugissement d'un lion sur le point de dévorer une antilope. Mais où est donc Curran quand on a besoin de lui ? Il pousserait un vrai rugissement, puissant, profond, terrifiant, et je suis sûre que le Dieu se ferait pipi dans sa culotte, parce que tout le monde réagit comme ça devant Curran, même Kate. Quoi que, techniquement, ça peut être difficile, parce que le Dieu porte une sorte de toge claire et que, si c'est comme pour les kilts, il ne porte peut-être rien dessous ?
Vous suivez mon raisonnement ?

– Livre-vie ! Tu divagues là ! hurle Melliane dans le téléphone qui est toujours collé à mon oreille.
J'ai encore parlé à voix haute, il va falloir que je fasse, une bonne fois pour toutes, quelque chose contre cette fâcheuse manie. En parler à Monsieur-mon-Médecin peut-être ? A ce moment précis, il n'a pas l'air en état de m'écouter, il a enfourné la tête dans la poubelle de son bureau et son popotin est maintenant couvert par sa veste qui a dû tomber du porte-manteau. Il ne gère pas très bien ses émotions à en juger par les vagues de tremblements dignes d'un tsunami qui l'agitent.
– Livre-vie ! hurle de nouveau Melliane.
Elle aussi devrait consulter Monsieur-mon-Medecin, elle est un brin nerveuse. 

Analysons la situation : 

Dieu-de-tous-les-trucs-de-la-mer-et-de-la-terre + Médecin qui se trémousse + Cabinet étroit +
Pas de Kate ni de Curran = Des ennuis jusqu'au cou.

N'empêche que ça aurait été bien que Kate vienne me donner un coup de main. Avec sa fidèle épée, Slayer, elle aurait résolu mon petit problème en deux temps trois mouvements. C'est une guerrière, agile et courageuse, qui agit à l'instinct et prend toujours les bonnes décisions. On ferait bien de la recruter dans notre équipe. Bon, elle a tendance à attirer les problèmes comme un aimant, un peu comme moi d'ailleurs, mais au moins, elle reçoit un salaire pour ça étant donné que c'est une mercenaire et qu'elle travaille à la résolution des affaires dont la police d'Atlanta ne veut pas. Il faut dire qu'elle vit dans un drôle de monde, où la magie a repris ses droits et déferle par vagues successives, reprenant ainsi le contrôle sur la technologie. Avec la magie, toutes sortes de créatures ont réapparu et l'ordre est difficile à instaurer. La magie court aussi dans les veines de Kate, et l'auteure nous propose finalement un personnage plein de mystères qui donne envie d'en savoir plus. 
Et puis, dans le tome 1, le drame de la perte de son mentor, l'amène à rencontrer Curran. Très prometteur ce Curran, je pense que je vais créer un fan club et me nommer Présidente. Peut-être que Le Chat voudra en être la Vice-Présidente, elle a l'air de bien aimer, c'est normal, c'est un Lion, et quand on est un chat, on ne peut qu'aimer les félins. Enfin normalement, parce que elle... Mais si on crée un fan club, avec sa page facebook et tout et tout, peut-être qu'il viendra me donner un coup de main ? Remarquez, il est très occupé avec Kate et sa « grande gueule » : leur joutes verbales sont succulentes. Le tome 1 pose les bases d'un univers solide, original, et le tome 2 n'a fait que renforcer mon idée. Je suis amoureuse. De Curran ? Non, pas encore... quoi que... De cette série. De l'action, de la magie, de la mythologie, de l'humour, des rebondissements... pfiou... Et Curran...
– Tu radotes Livre-vie...
Melliane. L'agacement suinte de sa voix. Le charmant Dieu devant moi partage cet état. Ses bras sont croisés et son index bat en rythme sur son biceps contracté. 

Il a de très jolis biceps.

– Livre-vie ! Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que vous êtes une épine dans mon pied ? tonne une voix caverneuse.
– Euh, parce que je suis toujours au mauvais endroit au mauvais moment ? Parce que je n'ai pas de chance ? Parce que j'aime le Nutella et que ce n'est pas bon pour le régime ? Parce que...
– Non ! m'interrompt-il. Parce que vous pervertissez des personnes innocentes en leur faisant lire des ouvrages indécents !
Je me mets la main sur la poitrine et adopte un sourire innocent.
– Moi ? fais-je en mettant la bouche en cœur.
Melliane glousse mais je reste concentrée sur le Dieu devant moi qui se rapproche légèrement. Oui, de très jolis biceps. Si le reste de son corps est à l'image de ses biceps, il peut être intéressant. Les mauvais garçons sont toujours intéressants ! Dommage que sa silhouette soit floue...
Je recule d'un petit pas.
– Oui, vous !
– Jamais ! m'exclamé-je avec un peu trop d'emphase.
Je peux dire adieu à l'Oscar de la meilleurs actrice. Je recule encore d'un pas et je sens la poignée dans mon dos.
– Et la femme innocente de ce pauvre monsieur alors ? N'est-ce pas votre faute si elle ne dort plus la nuit pour lire des histoires de highlanders ?
Il pointe le doigt vers le séant de Monsieur-mon-Médecin. Le Banana-split au réglisse ? Comme si elle avait eu besoin de moi !
– Oui, c'est sa faute ! glapit Monsieur-mon-Médecin en secouant frénétiquement la poubelle qui lui fait office de tête.

Le traître.

Il est temps de faire un autre point sur la situation : Dieu en colère + Traître parmi nous + Curran aux abonnés absents = Une seule solution.

Je tourne la poignée et me rue dans la salle d'attente en m'époumonant :
– Fuyons !

J'ai à peine le temps de faire un pas qu'une poigne solide se referme autour de ma nuque.
– Livre-vie ! Nous allons vous emmener dans les cachots pour enfin être libérés de vos agissements !
Oh non, pas les cachots ! Je n'aurais rien à lire et pas de Nutella !

Il me soulève comme si je ne pesais pas plus lourd qu'un grain de poussière et mes pieds battent l'air. L'oxygène peine à se frayer à chemin vers mes poumons, une enclume me comprime la trachée. J'ouvre la bouche pour avaler quelques goulées mais ça ne suffit pas. Melliane hurle dans mon téléphone, mais aucune réponse n'arrive à s'échapper de mes lèvres. L'étau se resserre. C'est la fin.

J'ai une pensée pour tout ceux que je vais laisser derrière moi, ma fine équipe, Le Chat, Lupa, Bea, Roanne, Johanne, Melliane... Elles continueront la lutte sans moi. J'espère que quelqu'un s'occupera de Jimmy la gargouille. Une larme coule le long de ma joue. Puis une autre. Ma lutte s'achève.
Bing.
Ouille...
Les larmes ne font pas mal normalement.
Bing.
Re-ouille.
Cette larme-ci est plus lourde et m'atteint à la tempe. Elle résonne contre ma peau. Les larmes ne résonnent pas et n'atteignent pas les tempes.
Bing.
Encore une fois.
Bing.
Des tampons hygiéniques. Il pleut des tampons hygiéniques.

Le bambin mal élevé qui patientait dans la salle d'attente est juché sur une chaise, le sac de courses de sa mère grand ouvert devant lui, et il canarde le Dieu. Sa mère l'a ceinturé, mais il résiste et continue de lui envoyer le contenu du sac. Un pot de crème fraîche frôle mon oreille et s'écrase dans un bruit visqueux sur la tête toujours floue du Dieu. On devine maintenant son nez.
A côté de lui, le Monsieur-aux-problèmes-gastriques, dont la peau a pris la couleur d'une olive, se tord tellement de douleur qu'il n'a pas remarqué ce qui est en train de se passer. 
– J'ai mal... gémit-il

Je lance ma tête en avant, visant ce nez que je devine sous une épaisse couche de crème. Je n'aurai pas d'autre chance. Malheureusement, le Dieu me tient trop loin de lui et je rate ma cible. 

C'en est vraiment fini.

Adieu monde cruel, pensé-je. Les filles, je vous aime... Continuez la lutte sans moi ! Le Chat, je te confie Jimmy. N'oublie pas de le nourrir...

Parfois, il vaut mieux se résigner et faire face à la mort avec dignité. C'est ce que je suis résolue à faire quand, soudain, un pet retentissant déchire l'air, bientôt suivi d'un cri. Le Monsieur-aux-problèmes-gastriques, temporairement soulagé, vient d'ouvrir les yeux et de voir le Dieu. Il se jette en avant et percute la forme diffuse avant d'ouvrir la porte à la volée et de se précipiter dans la rue. Le gamin hurle à son tour.
– Maman, ça pue !
La mère n'est plus là, elle est déjà dehors. Je la comprends, l'odeur est insoutenable.

Dans tout ce désordre, la poigne du Dieu s'est desserrée et dans un réflexe dont n'aurait pas à rougir Kate, je lui assène un violent coup de téléphone sur le nez. 

Dans le mille ! 

Il me lâche pour plaquer sa main contre son appendice nasal, je ne sais pas si pour soulager la douleur ou pour fuir l'odeur pestilentielle. Pour une fois, je ne me pose pas la question, je suis déjà dans la rue.
– Ils ont des armes chimiques maintenant ! se plaint la voix caverneuse.

C'est la dernière chose que j'entends, je fais concurrence à Usan Bolt et pique un cent mètres qui m'aurait valu une médaille j'en suis sûre.
Les filles vont être fières de moi !
Enfin j'espère...