mercredi 5 avril 2017

El cuaderno de Maya, (Le cahier de Maya), Isabel Allende



"Je m'appelle Mayal Vidal : de sexe féminin, célibataire, j'ai dix-neuf ans, pas d'amoureux faute d'occasions et non par excès d'exigence, un passeport américain ; née à Berkeley, en Californie, je suis momentanément réfugiée dans une île au sud du monde. On m'a donné le prénom de Maya parce que ma Nini a une prédilection pour l'Inde et que mes parents n'ont pas trouvé autre chose, bien qu'ils aient eu neuf mois pour y réfléchir. En hindi, maya signifie "sortilège, illusion, rêve". Rien à voir avec mon caractère. Attila m'irait mieux, parce que là où je pose le pied, l'herbe ne pousse plus."

On peut être jeune mais avoir un vécu si chargé qu'il pèse lourd sur nos épaules. C'est le cas de Maya, une jeune américaine comme les autres, du moins en apparence. Elle a 19 ans, et vient d'arriver à Chiloé, une petite île chilienne. Sa grand-mère, sa Nini, a fait jouer ses contacts pour l'envoyer là-bas, mais Maya n'est pas là pour les vacances. Elle est là pour se reconstruire, pour rebâtir sa vie, pierre après pierre. Elle est là pour survivre.

Au fil des pages d'un cahier, Maya va nous raconter sa vie, ses démons et parcourir le chemin inverse, sorte d'introspection de sa vie, pour tirer des leçons de ses erreurs. 

C'est un parcours de vie que nous offre l'auteure, celui d'une enfant qui va trébucher, tomber jusqu'à descendre aux enfers, celui d'une jeune femme, au seuil de l'âge adulte mais qui n'arrive pas à se grandir, celui d'une survivante, que l'amour des siens va prendre par la main et aider à remonter ce précipice jusqu'à amorcer un nouveau départ.

Certains passages sont très durs, l'enfer n'est pas pavé de mots doux et bienveillants. Il est comme la morsure des drogues dans lesquelles elle sombre, tranchant, coupant, destructeur. Les mots utilisés par Isabel Allende sont bouleversants d'intensité. Par moments, j'ai détesté Maya, réellement, je lui en voulais de ce comporter comme ça, de ne pas être capable de faire autrement, de blesser les siens... Je lui en voulais d'être égoïste, de se murer dans ce silence méprisant, de ne pas se rendre compte que tout acte a des conséquences. Mais en même temps, je l'ai aimée, parce qu'elle n'est qu'une jeune femme blessée, qui gère comme elle peut ses émotions alors que les adultes eux-mêmes ne gèrent pas les leurs face aux drames de la vie, elle évolue, change, se remet en question.

Dans son récit, Isabel Allende dresse le portrait de personnalités fortes et attachantes, non dénuées d'excentricité et d'humour d'ailleurs (le couple formé par sa Nini et son Popo est particulièrement touchant, tout comme le Club des Criminels), et nous entraîne discrètement dans l'histoire du Chili, toujours présente en toile de fond de ses écrits.

Le rythme décrit parfaitement les deux facettes du roman : rapide en ce qui concerne les Etats-Unis, effréné finalement comme sa descente aux enfers, et plus lent quand on se trouve à Chiloé, aussi lent que cette vie qui a le temps, aussi lent que cette prise de conscience, que cette reconstruction qui ne se fait pas d'un claquement de doigts.

La plume d'Isabel Allende est toujours un délice, élégante, poétique, brusque aussi parfois... Elle nous immerge dans ce roman de l'adolescence et nous confronte à ses maux, ses obstacles, ses faiblesses en nous rappelant de rester vigilant. Porter un regard sévère sur l'attitude des autres est facile, mais comprendre d'où vient leur failles l'est beaucoup moins.

Nous ne sommes qu'humains, et les affres de la vie n'attendent que de nous faire chanceler.

20 commentaires:

  1. Je l'ai dans ma PAL depuis un moment, il faudra vraiment que je l'en sorte!!

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    1. J'ai vraiment énormément aimé cette lecture!

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  2. Encore une bien belle chronique que tu nous offres là ! Je ne connais pas la plume d'Isabel Allende, et je ne sais pas si ce roman serait fait pour moi... Mais ce dont je suis sûre en revanche, c'est que tu en parles très bien ^_^ Merci douce Céline :)

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    1. C'est une auteure particulière, c'est vraie. Sa plume a une vraie identité.

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  3. Je ne me serais probablement pas arrêtée de moi-même sur ce livre mais je pense que ça pourrait peut-être me plaire!

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  4. Je ne pense pas tenter celui-ci dans l'immédiat, mais je garde l’œil ouvert si je le croise à la bibliothèque !

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    1. Si tu es en manque de lectures (bon, suis pas sûre que ça t'arrive! lol), n'hésite pas!

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  5. Ce n'est pas mon genre habituel mais pourquoi pas ! Merci pour la découverte :)

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  6. Je suis une grande admiratrice d'Isabel Allende, et je ne connais pas ce roman. A lire d'urgence, donc!

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    1. C'est du pur Isabel Allende, un très beau roman!

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  7. Coucou Céline,
    De cette auteure j'ai eu l'occasion de lire "L'île sous la mer". C'est dommage il m'était un peu tombé des mains, je ne l'avais pas terminé. Je me sentais frustrée parce que je sais que son univers me plairait énormément. Il faut absolument que je retourne vers elle. Absolument! Peut-être avec ce titre-ci...
    Bisous

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    1. L'île sous la mer est dans ma PAL, elle a des styles romanesques très différents. Il pourrait peut-être te plaire.

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  8. Tu me tentes. Il y a longtemps que je n'ai pas lu un de ses romans.

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  9. Ca a l'air très touchant. Suivre Maya doit etre difficile

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    1. Oui, ça l'est. Son parcours est fait de chutes et de chutes... Elle est assez impressionnante.

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  10. Il a l'air bien mais très dur je préfère me tourner vers des lectures plus légères en ce moment. En tout cas je trouve que les couvertures sont belles mais mettent un peu mal à l'aise!

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    1. Je comprends tout à fait pour les lecture plus légères. J'ai mes moments aussi comme ça.
      Le malaise insufflé par les couvertures est voulu je pense. C'est assez fidèle au parcours de l'héroïne.

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